Le Tremb’lab#1 : du jeu sous toutes ses formes

Tremblay_2016_2Qu’est-ce qui peut réunir par une fraîche soirée d’hiver des professeurs des écoles, du collège et de lycée, venus de Caen jusqu’à Rennes, à une heure bien avancée dans les sombres couloirs d’un modeste établissement de campagne ? Le jeu pédagogique, bien sûr !
Jeudi 8 janvier 2016, pour inaugurer la naissance de son proflab, le Réseau Éducation Prioritaire de Tremblay (35), a tenu une première rencontre autour du thème « jouer en classe ». Denis Sestier, par l’odeur du jeu alléché, nous a fait l’honneur de son amicale présence.
Des enseignants de lettres classiques et modernes, d’histoire-géographie, d’anglais, documentalistes et des écoles ont présenté tour à tour les jeux qu’ils utilisent, qu’ils créent ou qu’ils font réaliser en classe.
Tout commence à Rome. Emmanuel Greffet, enseignant de lettres classiques, propose à ses élèves de rendre compte de leur voyage à Rome par la réalisation d’un jeu de 7 familles. Les élèves reprennent leurs photos, épluchent les notices des musées, parcourent la mythologie … Une activité qui rend le fastidieux travail du carnet de voyage ludique et motivant.
Puis il a été question de jeu éducatif. Est-il besoin de revenir sur l’ancienne distinction entre jeu éducatif et jeu pédagogique ? Bescherelle le Jeu (édition Hatier) ressortit à la première catégorie : des jeux pensés par des éditeurs pour accompagner les apprentissages scolaires. Il trouve sa place dans les cours de français comme dans les séances d’accompagnement personnalisé. Les élèves adorent et ils en oublient presque qu’ils sont en train de faire de la conjugaison. Alors que bien des jeux éducatifs s’adaptent mal à l’enseignement – ce qui est un comble –, Bescherelle le Jeu répond aux besoins pédagogiques dès le primaire et traverse le collège sans encombre. Une réussite.
Linsay Bellerive, professeur d’anglais, est joueuse et créative. Elle aime créer les jeux en fonction de ses besoins et de ses envies. Comme le rappelle le Sage Denis, « Créer des jeux est plus simple quand on est joueur soi-même ». Elle fouine dans les brocantes pour dénicher pions, dés et plateaux. Puis elle assemble, avec une bonne dose d’interactivité et de baladodiffusion. Un jeu de prévention routière, un rallye dans les rues de Tremblay pour les correspondants jersiais, des jeux de memory … En anglais, of course ! Des petits jeux simples mettent les élèves en activité rapidement et par petits groupes.
tremblay_2016_4Nadia, enseignante en CM1-CM2 et directrice à Rimou, était notre caution « premier degré » de la soirée. C’est aussi une joueuse compulsive, membre active de l’association Jeu-Tu-Ille. Elle a placé le jeu au centre des projets éducatifs de son école. En partenariat avec la ludothèque d’Antrain Communauté, elle co-anime un atelier « jeu » dans le cadre des TAP : les élèves ont monté dans l’école une salle d’enquête grandeur nature ouverte au public et élaborent des jeux en bois à taille réelle. Le jeu est aussi présent durant ses heures de cours. Détournant les règles du pique-plume, elle a mis en place un jeu de mémorisation qui peut se décliner dans toutes les matières ou sur une thématique en conséquence : il suffit de prévoir une batterie de questions en conséquences. Avec beaucoup d’esthétique, car le jeu est encore plus attrayant s’il est beau, et pas mal d’ingéniosité, comme cette idée simple de plateau vidéoprojetable et de pions magnétiques, le jeu se met en place simplement. L’intégration du jeu dans le temps scolaire est aussi réfléchie dans les écoles primaires. Le temps de récréation est un temps dédié au jeu (et l’on devrait plus se soucier du fait que les enfants « abandonnent » le jeu en passant en 6ème). Dotée de tablettes (12 par classes), l’école de Rimou a décidé de permettre aux élèves de jouer à des jeux vidéos pendant les récréations. Bien sûr la sélection est établie par l’enseignant, mais le jeu est ici utilisé pour se détendre et mettre en valeur d’autres compétences des enfants.
Vinciane, professeur d’histoire-géographie, nous a parlé du travail mené à partir du jeu « Vivre au temps des Châteaux-Forts » (Canopé Caen) … et des difficultés rencontrées. Le jeu est sympa en terme de jouabilité – bien que très facile sur ce plan – et les ressources pédagogiques multimédias sont de qualité. Mais il est mal prévu pour s’installer sur les réseaux d’établissement (lourdeur du fichier, version tablette encore en bêta) et son format le rend difficile à intégrer dans des horaires de cours car il doit être accompli du début à la fin, ce qui prend entre 2 et 3 séances. C’est un soucis récurrent des serious games qui pêchent soit en matière de plaisir et d’intérêt pour le joueur, soit en terme de contenu informatif, soit au niveau de l’intégration dans un programme scolaire. L’équilibre n’est pas facile à trouver.
Puis entre anciens combattants du réseau ludus, on s’est souvenu que dix ans plus tôt une académie permettait encore à ses enseignants d’histoire-géographie de se réunir et de travailler ensemble pour créer des ressources ludo-pédagogiques. On a ressorti Cuba 62 qui trouve sa place en lycée et la Décolonisation qui marcherait encore aussi bien en 3ème qu’en Terminale.
Il était temps de conclure, mais comme l’ambiance était à la sympathie et à l’échange, on a prolongé les conversations autour d’une cervoise – bienvenue chez les Celtes !
Merci encore à tous les participants et mention spéciale à Denis qui a bravé la distance pour se joindre à nous par amour du jeu.

Sébastien Peigné (Coordinateur du REP+ de Tremblay, professeur d’histoire géographie et membre du réseau Ludus.)

[Ca a été un réel plaisir et je reviens quand tu veux !

Denis]

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