En juin, on fauche les EPI

Sentiment de gâchis

Alors c’est fait. De profundis. Exit les EPI. Quel gâchis.
Non, comprenez-moi, il n’est pas question de déplorer ici une décision ministérielle.

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Mais enfin, qu’avons-nous fait depuis deux ans ? Huit journées de formation pour accompagner la réforme. Jamais un effort aussi conséquent n’a été consenti par notre administration pour accompagner une réforme. Personnellement, je n’avais encore jamais suivi autant de journée de formation. Et mes collègues non plus. Ceux qui sortaient de leur année de stagiérisation ricanaient que « ça recommence ». Je ne dis pas que j’étais malheureux. Parmi toutes ces journées, la plupart étaient bien faites, instructives. Les élèves étaient heureux. Les parents renâclaient. Que de remarques en conseil de classe et en conseil d’administration sur l’absentéisme des profs !
Et tout cela en pure perte ? Un trait de plume et on passe à autre chose ?
Alors je sais que beaucoup de collègues n’aimaient pas. Que beaucoup de collègues ne pensaient pas utile de travailler en interdisciplinarité de cette manière. Il est vrai que demander aux profs de faire produire aux élèves des objets numériques alors que, pour beaucoup, ils n’ont bénéficié d’aucune journée de formation au numérique, c’est un peu farce ! Et je ne parlerai pas de l’humeur de la collègue au retour de la journée de formation sur la conservation et la mise en avant des travaux des élèves au long de leur scolarité. Une application géniale mais pas encore finalisée localement !

Finalement, c’est dans les pratiques du Mammouth : penser que les personnels, tellement sérieux, vont se former tout seuls. Qu’ils vont trouver des spécialistes. Et résoudre tous les problèmes que la technostructure invente. De toute manière, avec le numérique, on sait bien que toute formation est inutile…

Pas de rancœur

Alors, j’ai bien lu, comme vous. Autonomie des établissements. Chaque collège peut choisir. Qui les bilingues, qui les EPI. Et contrairement aux syndicats, je ne pense pas que l’on va en venir aux mains avec les collègues. On va débattre et déterminer ce qui est le mieux pour nos élèves, en fonction du lieu où on travaille, du niveau de nos élèves et de nos compétences.

Pas de rancœur ! Je garde un immense bonheur de cette année. Avoir pu mettre en place aussi vite des projets ambitieux, retrouver le bonheur de travailler ensemble, par-delà les matières et avec l’aide, l’appui de l’administration. Et surtout, recevoir comme une offrande le feedback – rare, toujours très rare – d’élèves demandeurs. Pour toutes ces raisons, j’ai bien aimé la fatigante et stressante année scolaire 2016-2017.

Non, ce que je déplore, c’est le mépris avec lequel on évacue le temps, le travail et l’investissement de tous ceux qui, au-delà de leur opinion personnelle, ont décidé, vaille que vaille, de faire vivre une réforme qui leur a été imposée.

 

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

Commentaires

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3 commentaires

  • Merci beaucoup. Maintenant, le culte de la vitesse et le changement pour le changement font qu’il est de plus en plus difficile d’évaluer la portée de notre travail. Les futuristes aimaient la vitesse synonyme de modernité, nous, nous la pratiquons juste pour le mouvement brownien qu’elle procure !

  • Bernard dit :

    En fait de formations, je parlerai pour ma part de pseudo-formations !! Et pas 8 journées mais maximum 3 basées sur les nouveaux programmes et pas sur les ÉPI (sauf une peut-être). Et à déduire des droits à formation individuelle.
    En fait d’investissement réel des équipes je parlerai pour ma part d’hypocrisie : on fait semblant de jouer le jeu pour qu’on nous foute la paix, et on bricole des semblants d’ÉPI : « Parcours professionnel » par exemple, remake des oraux de stage avec des objets numériques (c’est joli !!) indigents.
    En fait d’aide et d’appui de l’administration je parlerai davantage d’injonctions visant à se décharger sur les profs des problèmes d’organisation et pour afficher aux yeux des parents (pas convaincus par les dispositifs) et de la hiérarchie, une belle façade d’établissement qui tourne bien et qui se lance dans les projets avec conviction et efficacité (évaluations « bienveillantes »).
    Pour ce qui est de travailler en équipe, cela s’est toujours fait, mais sans ce lourd carcan et la pression des inspections.
    Revenons à des choses simples et évidentes et faisons confiance à l’inventivité des professionnels du terrain pour innover à leur rythme en leur donnant en effet vraiment le temps de réfléchir et pas en s’enfilant rapidement un mauvais sandwich sur l’heure du déjeuner au risque de s’étouffer et de finir en burn out !

  • @bernard : les EPI, ce n’est pas obligatoirement une usine à gaz. Un exemple d’investissement des éléves ici (choisir la catégorie Migrant, Migration, par exemple) : https://epimediadupaty.wordpress.com

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