L’inspection (suite)

C’est passé

L’inspection s’est plutôt bien passée, elle est passée et c’est plutôt bien. L’inspectrice, je l’avais déjà rencontrée en début d’année, pour la tournée des popotes. Je venais d’arriver dans l’école, c’était la semaine de la rentrée. Elle m’a demandé si c’était un choix, cette école difficile dans un quartier difficile. Je lui ai répondu que franchement, non. Elle m’a demandé si c’était un choix, ce niveau difficile. Je lui ai répondu que franchement, non. Elle m’a demandé si ce n’était pas difficile de passer du CM2 au CP. Je lui ai répondu que franchement, oui. Alors elle est venue m’inspecter.

phoque-inspection

Phoque la hiérarchie

On a fait une séance sur le ph, prononcer f, et j’ai mis comme affiche un phoque, qui se prononce foque, comme dans foque la hiérarchie par exemple, mais non je plaisante, comme dans un phoque sur la banquise, avec le qu qui se prononce k, bref j’ai fait dans le difficile. Tous les élèves ont reconnu le phoque, sauf un qui m’a dit que c’était une otarie. J’ai trouvé ça mignon, mais elle me l’a reproché : mon affiche mettait en difficulté cet élève et mon choix risquait d’ancrer une mauvaise conception de la faune arctique. Avec un f à faune et un c à arctique. J’ai trouvé ça très contestable, car au pire cet élève a appris qu’il y a deux animaux qui se ressemblent : le phoque et l’otarie, mais enfin il faut bien que l’inspectrice inspecte. Les élèves se sont bien tenus et ont plutôt bien lu, j’étais satisfait. Il a fallu qu’on me reprenne sur l’affichage, pour le pauvre M. que je supporte depuis le premier jour au premier rang en rongeant mon frein, envie de le virer dans le fond celui-là, mais non je le garde au premier rang, et l’inspectrice a suggéré que je lui reproduise l’affichage sur sa table, en plus petit, pour ne pas que le petit mignon ait trop à lever le nez. Or mon challenge est justement de lui faire lever le nez, j’ai indiqué en outre à l’inspectrice que M. avait ravagé de ses ongles tous les sous-mains et autres tentatives pédagogiques que j’avais personnalisés pour sa précieuse petite personne, mais on m’a répondu que tout est une question d’éducabilité, j’ai trouvé ça éducadébile et me suis demandé depuis combien de temps la dame n’avait pas eu de M. au premier rang devant elle dans sa vie. Mais j’ai fait oui-oui avec la tête. Il ne fallait pas trop la chercher.

 

Elle m’a dit aussi que les chaises étaient trop hautes, je l’ai renvoyée vers la mairie, que le cahier de culture n’était pas structuré, je l’ai renvoyée vers la réalité, que les évaluations devaient être menées informatiquement, je l’ai renvoyée vers le conseil des maîtres, que ma chanson de fin de séance était un peu difficile pour des élèves de cet âge, je l’ai renvoyée vers Jul et surtout vers le portail. J’avais la dalle !

Papa Lion, one point

L’inspectrice m’a accordé un petit point. Je m’en fous un peu car mes élèves savent à peu près lire et qu’ils aiment beaucoup l’école. Pas un mot sur le fait que trois d’entre eux n’ont pas fréquenté l’école maternelle, que quatre d’entre eux sont suivis par la psychologue scolaire, que beaucoup d’entre eux ont des soucis familiaux terrifiants. Et que malgré cela, ils ont la banane et apprennent. Mais ça, l’inspectrice, elle s’en cogne !

 

J’ai pris un point et je m’en cogne pas mal.

 

Une chronique de Papa Lion

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