Un iPad ? Mais t’es branque !

Fais pas le malin !

Déjà, lorsque vous posez votre iPad sur la table basse de la salle des profs, on vous regarde de travers. Alors, utiliser un iPad en classe ? « Tu veux dire au lieu d’avoir un ordinateur, tu utilises un iPad ? Mais comment tu fais avec la clef usb ? Ah ? Le nuage ? C’est original. Mais ton powerpoint, tu le mets comment dans l’iPad ? Hein ? C’est que c’est fermé Apple, il y a pas de prise usb, hein ? Tu fais comment ? Arrête de me faire marcher avec le nuage, je suis pas très doué, mais je suis pas une bille non plus. Tu veux dire un iPad pour les élèves ? Mais pourquoi ? Il y a la salle informatique. »

iPad-classe
Je caricature ? Votre chef d’établissement, votre maire vous a accueilli avec un large sourire, le stylo à la main, le responsable-payeur au garde à vous ? Ou il vous a indiqué le personnel-recours pour avoir une séance spéciale « remise à niveau », pour que vous vous serviez de la splendide salle informatique avec son imprimante et son tbi et quelques casques, mais pas beaucoup ?
Moi, je l’ai eue, ma valise iPad ! J’ai dû convaincre un responsable qui-savait-pas-ce-que-c’était, mais qui était persuadé que c’était une sorte de pc, mais à la mode Apple, un truc pour faire le malin, très cher, très marketing, et bon pour les technophiles californiens.

Utile ou pas ?

Et qu’est-ce que j’en fais ? Rien, je l’ai rangée avec le truc pour faire des podcasts.
Mais non, je blague. Je fais produire mes élèves. Dis comme ça, cela en jette ! En fait, des scénarios simples. Des choses très évidentes. Par exemple, pour comprendre les différents quartiers d’une ville, du point de vue architectural, comme du point de vue de la fonction, le scénario était le suivant : raconter une ville en six photographies maximum. Obligation d’écrire de belles légendes, possibilité de faire une introduction. Obligation de trouver du matériel libre de droits, parce qu’on oublie pas l’EMC. Résultat ? Des élèves heureux de chercher et des productions très différentes les unes des autres, à leur grand étonnement. Ou alors, annoter une photographie illustrant les migrations touristiques ou autres. Et s’il faut écrire ? Rédaction d’une biographie sous forme d’une note de blog. Un conducteur léger orientant les groupes sur certains aspects très précis de la vie des hommes illustres. Et s’il faut filmer ? Le compte-rendu de la commémoration de la journée mondiale des génocides. Avec interview obligatoire.
Est-ce vraiment utile, tous ce fatras ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que mes élèves n’ont jamais autant écrit ! Mais, chut ! Ne leur dites pas, ils ont horreur d’écrire plus de deux phrases. Je ne serais même pas étonné qu’ils écrivent plus en histoire-géographie qu’en français !

Quand j’étais jeune prof, au siècle dernier, je désespérais car la bibliothèque était loin du collège, dans l’autre ville. Le musée, encore plus loin. Et avec l’iPad ? La bibliothèque est dans la classe. Toute la documentation devient disponible. Je pourrais faire tout cela avec des pc ? Certainement. Je ne suis pas bégueule et je veux bien que l’on équipe ma salle de seize pc, du câblage pour les alimenter, du câblage pour le réseau, sans compter la niche pour la personne-ressource chargée de m’assurer un fonctionnement minimum de quinze machines tous les jours, à toutes les heures de cours. Je rêve ? C’est déjà pas possible pour l’unique salle informatique de l’établissement ? Mais alors, des iPad, c’est vraiment un progrès !

 

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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