Puisque je l’ai lu sur Facebook, c’est vrai

Vérifier l’information

Cela semble le nouveau mantra. Pourtant, c’est une règle de bon sens. C’est ce qui explique que l’on ne lit pas n’importe quel journal (la presse bourgeoise ou la presse révolutionnaire ?), que l’on ne regarde pas n’importe quel journal télévisé (TF1 ou Arte ?) ou que l’on choisit sa radio (France Inter ou Bfm ?). Et on s’efforce d’avoir plusieurs sources d’information chaque jour.

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Mais à l’heure d’Internet, on oublie toutes ces précautions. On clique allègrement. Vas-y que je partage n’importe quoi, d’un clic naïf. L’homme numérique aurait-il abandonné tout esprit critique ? L’adepte des réseaux sociaux, passe encore. En effet, croire qu’il suffit d’un copier-coller pour récupérer la propriété de ses données personnelles ou qu’une phrase permet de vérifier que son profil n’est pas piraté me laisse pantois.

Mais les autres ? L’immense majorité de mes concitoyens aurait-il perdu le bon sens ? Est-ce un effet de la lumière bleue ou des ondes téléphoniques ? Penser qu’un requin puisse manger des surfeurs basques sans que le journal local n’en parle 1 ou qu’un manège déménage précipitamment pour éviter que l’on parle d’un accident mortel est quand même stupéfiant !
Est-ce si difficile de vérifier l’information ? Surtout, cela ne prend qu’une minute ! Une minute, c’est aussi le temps d’une saine précaution : qu’est-ce que je viens de lire ? Pourquoi croire à cette information ? Pourquoi faire confiance à ce site ?

Mais comment vérifier ?

Regarder le nombre de pages qui parlent d’une information est un premier critère offert par Google. Ensuite, deux directions classiques. La première est Hoaxbuster. Comme son nom l’indique, il s’agit de combattants du canular.

Vous vous souvenez de l’histoire du garçon de 14 ans qui s’est fait tirer dessus à six reprises par son beau-père alors qu’il tentait de l’empêcher de violer sa sœur en l’absence de leur mère ? Mark Zuckerberg aurait promis de reverser 45 centimes pour chaque apparition de l’histoire sur un profil, afin de financer l’opération qui pourrait sauver le garçon. Non seulement ce garçon n’existe pas, mais en plus, cette histoire n’était qu’une reprise fidèle d’un canular plus ancien, qui mentionnait AT&T à la place de Facebook.

Désormais, il y a également le Decodex. Je saisis une adresse et les journalistes du Monde me disent si c’est fiable. Vous me sentez un peu goguenard ? Je suis un très ancien lecteur du Monde et j’y ai peu souvent trouvé de fausses informations. C’est une institution française, un Everest du sérieux. Mais cela n’empêche pas qu’ils sont un peu partie prenante dans l’affaire et qu’il y a comme un conflit d’intérêts… Une manière de souligner une vraie demande de vérification de la part des citoyens car il est indéniable qu’il y a urgence à mettre en place des certificateurs.

Démocratie des crédules

En effet, ces dernières années, de nouveaux sites sont apparus sur la toile. Complotistes, adeptes du nouvel ordre mondial, parodistes, et autres alter-trucs. Le blog Stop Mensonges m’explique, entre autres, qu’on nous cache la venue des extraterrestres sur terre. En effet, s’ils sont venus, c’est qu’ils ont une source « d’énergie libre et l’antigravité ». C’est donc les « Lobbys pétroliers de la Cabale » qui sont à l’origine du complot, évidemment pour pouvoir continuer à nous vendre du pétrole.
Quand je lis et que je découvre des sites de « re-information », je cherche de quel côté est le complot !
Par exemple :

Et, bien sûr, éteignez votre télé entre 20 h 00 et 20 h 30, et prenez vos infos uniquement sur Internet, sur mon blog, bien entendu, c’est le meilleur ! ( lol ! )…
Et sur tous ceux qui vous semblent intéressants. Fiez-vous à votre cerveau ! Vous êtes tout à fait capables de trier le bon grain de l’ivraie…

Quand d’autres m’expliquent la « post-vérité », un salmigondis intellectuel pour dire qu’une information peut être juste et fausse en même temps, selon les intentions du locuteur…  je sursaute. Ce qui importerait, désormais, ce ne sont plus les faits, mais l’émotion. Gérald Bronner préfère utiliser un autre terme, la « démocratie des crédules ». Pas sûr que cela fasse plaisir à tous…

Gérald Bronner énumère les quatre catégories d’acteurs qui font circuler des informations fausses :

ceux qui le font en sachant qu’elles le sont, simplement pour mettre du bordel dans le système ; ceux qui le font par militantisme idéologique afin de servir leur cause ; ceux qui le font pour servir des intérêts politiques, économiques ou même personnels ; enfin ceux qui le font en croyant qu’elles sont vraies, et c’est à leur propos que se pose le plus la question de la post-vérité.

Le développement de l’Internet, des réseaux sociaux, le fameux web 2.0 a donné naissance à cette information aussi pléthorique que protéiforme. Et nous nous sommes laissés aller en même temps que l’obésité gagne. L’exigence de vérité est donc moins urgente qu’autrefois… Ce qui est très inquiétant, c’est que déjà, en 1895, Gustave LeBon 2 écrivait :

Évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en actes les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l’individu en foule. Il n’est plus lui-même, il est devenu un automate que sa volonté ne guide plus.

Orwell, reviens, ta novlangue, c’est de la roupie de sansonnet !

 

Vous aussi, devenez un expert ! Êtes-vous incollable ou participez-vous de cette fameuse démocratie des crédules ? Vite !  À cette adresse, un petit lexique du vocabulaire de la désinformation vous attend.

Notes :

  1. 57 000 partages tout de même.
  2. Gustave Le Bon, Psychologie de la foule, 1895, p. 20.

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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