Questionner le monde : enquête chez la noisette…

Microcosmos

Pour parler du vivant, rien de plus simple que de s’approcher de la nature, de plonger dans l’univers du végétal ou du « microcosmos » et de mettre son nez et la vue partout où c’est possible.

Chose faite pour ma classe de CE1 ! Au pied de la porte de la classe, de nombreuses noisettes jonchent en ce moment le sol, dans l’espoir d’un avenir heureux, et semblent nous supplier de passer un peu de temps auprès d’elles.

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Tels de petits écureuils, nous nous sommes donc mis en route pour une récolte heureuse et, sans le savoir, très prometteuse…

1re étape : une récolte, une petite quantité mais déjà suffisante.

Une observation : des noisettes trouées et des noisettes « entières ».

La conclusion des élèves : « Oh ! Un ver a fait un trou pour manger la noisette !! »

« Il y a un ver dedans, je l’ai vu ! » « J’entends le ver bouger quand je secoue la noisette ! »

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D’autres pensent que l’auteur du trou est plutôt une chenille, une fourmi, une araignée ou encore même un ver de terre.

Continuons sans rectifier le tir (sans le « Mais non… ») pour le moment, en laissant les esprits naïfs exprimer leurs premières hypothèses. Qu’il est bon, jusqu’à l’humoristique parfois, de les voir proposer librement leurs idées sans être bafoués ou cloisonnés par la raison !

 

2e étape : ouverture des noisettes

Observation :

    • Les trouées sont vides et/ou composées de déchets et poussières noires : point de ver, il faut bien l’avouer…  Tiens donc…
    • Les pleines sont… bonnes à manger ! À table !

SAUF… une !

C’est ici que commence « Le mystère de la noisette ».

Voici sous les yeux ébahis des enfants une noisette, sans trou sur la coquille, qui abrite en son intérieur un joli petit ver blanc bien gras !

C’est ce que j’appelle une aubaine, un trésor de hasard, une situation d’observation exceptionnelle, un cadeau en or pour apprendre, car non seulement on découvre le monde mais on le questionne (comme dans les nouveaux programmes !).

Mais comment donc le ver a-t-il pu se trouver à l’intérieur d’une coquille sans trou ?

C’est ainsi qu’on peut amener un groupe d’élèves d’à peine 7 ans à formuler des plus plausibles aux plus farfelues hypothèses car, il faut bien l’admettre, nos idées sont bousculées et ces vérités qui semblaient alors guider les élèves tout droit vers l’issue malheureuse d’une noisette vermoulue ne tiennent plus debout !

D’ailleurs, quelle serait votre hypothèse  ? Oseriez-vous exprimer votre idée sur la question avant même de plonger consulter le web libérateur de l’inconnu ?

Mes élèves l’ont fait.

3e étape – Hypothèses émises (ou petites perles d’élèves naïfs en approche de raisonnement)

Mais comment donc le ver a-t-il pu se trouver à l’intérieur d’une coquille sans trou ?

  • Il a rebouché le trou (avec de la terre) après être entré.
  • Il est rentré par le bout de la branche dans la noisette.
  • La noisette a poussé tout autour de lui.
  • La noisette lui est tombée dessus.
  • Le papillon a déposé son œuf dedans avec sa trompe.

J’avoue que, moi aussi, ma raison se sentant dépassée, monsieur Internet m’a aidé à retrouver mes esprits et la logique de cette histoire.

Sans avoir trop de mal à écarter les hypothèses les plus fragiles à l’aide de documents d’observation de la coupe d’une noisette ou encore de la physionomie du ver (dépourvu de bras pour reboucher tel un maçon son entrée par effraction), il fallait bien admettre que quelque chose était venu déposer le ver (plus exactement l’œuf) dans la noisette avant qu’il n’en sorte en faisant lui-même son trou d’évasion.

C’est ainsi que j’ai fait connaissance, puis fait connaître à mes élèves (et à vous j’espère), le charançon, un curieux petit insecte aux jolis yeux bruns, colonisateur des tendres noisettes vertes du jardin. Avec son rostre (sorte de trompe), il perce un trou, pond puis laisse sa larve se développer en mangeant jusqu’à plus faim l’intérieur de la noisette. Situation qui l’oblige alors à percer un trou dans la coquille pour quitter son hôte.

Par un jeu d’observation et de lecture d’images, les petits scientifiques ont fini par retrouver la chronologie de cette incroyable révélation, pour admettre enfin que le trou de la noisette n’était pas une entrée mais une sortie de secours.

Que de chemin parcouru alors entre cette simple dégusation de noisettes et cette découverte extraordinaire !

De questionnements en découvertes, d’affirmation à annulation d’idées, les élèves ont découvert le monde en construisant leur pensée scientifique. Une séance super bénéfique et magnifique qu’il me fallait partager avec vous dans une chronique.

Il me reste à répondre maintenant à la question suivante posée à la fin de la séance :

« Madame, comment il fait le ver pour respirer dans la noisette ? »

Glups… Internet, sauve-moi !!

Une chronique de Claire Maurage

 

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