Tristement célèbre

 

Le matin précédent, Françoise, notre infirmière, me demande de veiller sur un élève : elle a essayé de discuter avec Robin, dont je suis le prof principal. Il lui semble qu’il est malmené, harcelé ? C’est vrai, les élèves de 6ème se font souvent embêtés par leurs aînés. Il nous faut être vigilant, et ce dès le début de l’année, encore plus même qu’aux autres moments de l’année.

Ce soir-là, sur France 3, il y a un téléMarionfilm : Marion-13 ans pour toujours, drame de Bourlem Guerdjopu.

Marion est une collégienne. Elle est élève dans une classe où règne un véritable chahut. Réaliste ? Je ne sais trop. Ce n’est pas là le sujet. Nous suivons Marion au quotidien, notamment dans sa vie d’élève. A la maison, elle vit dans une famille soudée et très aimante. C’est beau, touchant. Mais ce n’est pas qu’une fiction. Cette histoire est réelle… Marion a été réelle. Elle a vécu. Sa vie s’est arrêtée à l’âge de 13 ans, la veille de la Saint-Valentin… Nora, sa mère, l’avait laissée se reposer au calme à la maison et était partie chez son amie avec ses 2 autres enfants. C’est alors qu’elle est traversée par un mauvais pressentiment : « Marion est en danger. » Elle doit y aller. Elle arrive trop tard. Marion s’est pendue… avec son foulard dans sa chambre. Elle a aussi suspendu son téléphone portable.

Nora va découvrir que contrairement à ce qu’elle croit sa fille ne s’est pas suicidée pour un chagrin d’amour. Mais elle y a été poussée car harcelée. Les choses sont insidieuses: un mot, une phrase, une rumeur, non fondée, reprise et amplifiée, déformée… Et c’est un calvaire au quotidien que finit par vivre la jeune fille.

Il est 21h40, environ. Cette histoire me bouleverse. Le film me semble fini. Et pourtant, compte tenu de l’heure, il est loin d’être achevé. Que peut-on ajouter à toute cette souffrance ? N’a-on pas fait le tour ? Entre les paroles méchantes, les boulettes de papier insultantes lancées à travers la classe, les menaces de mort via les médias (réseaux sociaux et portable). Comment la douleur peut-elle être pire ? Comment peut-il y avoir une suite ?

Pourtant, c’est à ce moment-là, que, véritablement, l’enfer commence  pour sa famille. Nora se bat sans répit pour fairechec_scolairee éclater la vérité et cherche à faire avancer l’enquête par ses propres moyens malgré les interdits appliqués par la gendarmerie. Car Marion a laissé une lettre. Dans cette lettre, elle nomme ses agresseurs, ses harceleurs.

Dans le générique de fin, nous apprenons que la Justice n’a toujours pas rendu son verdict. Et pourtant tout est si clair, si limpide tout au long de l’histoire. Comment la Justice peut ne pas y voir plus clair ?

Suit un débat sur le harcèlement mené par Carole Gaessler avec une pédo-psychiatre, un chargé ministériel, d’anciennes victimes.

J’ai beaucoup souffert dans ce film. J’ai beaucoup pleuré comme je le fais peu devant un film qui est une fiction. J’ai, en fait, été dégoutée par plusieurs choses :

-tous les élèves peuvent devenir harceleurs, mêmes les meilleures amies, comme Chloé.

-le positionnement de la Justice : Dans le générique de fin, nous apprenons que la Justice n’a toujours pas rendu son verdict. Et pourtant tout est si clair, si limpide tout au long de l’histoire. Comment la Justice peut ne pas y voir plus clair ?

-la famille aimante n’est pas un gage de sécurité : Marion  est très entourée par ses parents et ses frère et sœur. Ils parlent librement de tout et il n’y a pas de tabou. Sa mère a toujours un œil bienveillant sur elle.

-la culpabilité : les harceleurs agissent en rendant leurs victimes coupables. Cette culpabilité empêche les victimes de demander de l’aide.

-l’après : Nora Fraisse et sa famille restent mises à l’écart. « Comment n’avez-vous pas vu que votre fille allait mal ? »

-l’injustice sociale, la méchanceté de l’Homme.

 

Avec ma classe de 6ème, j’utilise la série « Vinz et Lou ». Voici 2 épisodes qui sont appropriés sur ce thème.

http://www.vinzetlou.net/vinz-et-lou-stoppent-la-violence/dessins-animes-du-mois

http://www.citoyendedemain.net/coin-des-juniors/racket-a-la-recrenon au harcèlement

Le 3 novembre, ce sera la journée contre le harcèlement. Pensons-y. Mais dès maintenant. Car le harcèlement dans nos établissements n’attend pas cette date. Soyons vigilants car même quand nous pensons l’être, nous ne le sommes pas encore assez.

Une chronique de Kristen

Commentaires

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7 commentaires

  • Dominique dit :

    Nora Fraisse a écrit un livre racontant cette histoire.
    C’est un livre poignant, il nous interroge sur la question du harcèlement et sur le fonctionnement de certains établissement, même si l’on doit rester prudent sur ce dernier point et ne en aucun cas le généraliser.

  • Aste dit :

    Le lendemain de la diffusion du téléfilm au lycée Marcellin Berthé lot de St Maur dans le 94, une jeune fille de 14 ans s’est défenestrée devant ses camarades pour des raisons « a priori » analogues à celles évoquées dans le téléfilm ….

    • Collectif des personnels du collège Jean Monnet de Briis-sous-Forges dit :

      Cette information doit nous rendre encore plus prudents sur la diffusion de telle ou telle version car il est ainsi prouvé qu’il y a un effet d’entraînement quand on présente les faits sous un jour particulièrement anxiogène (par exemple en présentant les adultes comme totalement incompétents et lâches, incapables d’aider leurs élèves, ce qui est une accusation très grave…et largement portée par le téléfilm dont vous parlez)…

  • Kristen Kristen dit :

    Je n’ai pas lu le livre. Mais il semble, au regard du débat qui a suivi le film avec la présence de la mère de la victime, Nora Fraisse, que les adultes ont bien fait preuve de peu de courage. Dans ce cas, l’accusation n’est pas sans fondement. Il ne s’agit pas ici d’accuser toute la communauté éducative, bien sûr. Mais chacun doit savoir assumer ces actes.

  • Michel Suquet dit :

    Je trouve que vous manquez de discernement et qu’il est très facile pour vous de juger les autres sans preuve.

    Par ailleurs, si nous avions fait preuve de peu de courage, comme vous le dites sans preuve, comment expliquez-vous que nous ayons reçu le soutien public du sénateur-maire de Briis-sous-Forges, du directeur académique de l’Essonne, du recteur de l’académie de Versailles et de notre ministre ?

    Quant à madame Fraisse, il faut que vous en sachiez un peu plus avant de lui donner une audience qu’elle ne mérite pas. Elle agit comme les harceleurs et sait très bien manipulé les médias pour se dédouaner de ses responsabilités. Une enquête plus approfondie à Vaugrigneuse et à Orsay s’impose.
    http://www.b-lisama.com/2016/09/ce-que-je-dirais-a-julie-gayet.html
    http://www.b-lisama.com/2016/09/tres-fachee.html

    Cela devrait vous faire réfléchir quant aux écrits et interventions mensongers de madame Fraisse et qui harcèle nos anciens élèves qui ne sont en rien responsables du suicide de Marion mais qui subissent de plein fouet la haine de madame Fraisse (comment peut-elle ainsi prétendre lutter contre le harcèlement, phénomène qu’elle ne comprend pas elle-même). Madame Fraisse est maintenant « hors de raison » pour reprendre la parole des conseillers du directeur académique de l’Essonne.

    Pour mieux comprendre le harcèlement, je vous conseille plutôt de vous tourner vers des écrits plus sérieux qui vous permettront de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans le harcèlement et comment nous devons agir.
    http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/leleve/Pages/2008/97_Jean-PierreBellonHarcelement.aspx
    http://www.harcelement-entre-eleves.com/

    Je suis indigné par votre attitude qui prend pour argent comptant la moindre parole sans chercher à voir si elle est vraie ou fausse. Interrogez-vous plutôt sur l’attitude des médias (n’ont-ils pas un intérêt financier à donner la parole à madame Fraisse plutôt qu’à ses victimes ?) et lisez les références que je viens de vous transmettre : tout cela est à l’œuvre dans le mécanisme du harcèlement.

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