Comment survivre dans ce Koh-Lanta scolaire ?

Résister au dernier mois

Je pensais y arriver parce qu’en fait, 30 jours ce n’est pas grand-chose à l’échelle d’une vie, d’une vie active, d’une carrière… mais en fait si… enfin non, à l’échelle d’une année scolaire… c’est ÉNORME !

résister à la fin d'année

C’est 4 semaines durant lesquelles il va falloir SURVIVRE : résister à l’appel du soleil, au conditionnement médiatique du farniente, à la préparation mentale de deux longs mois de vacances prometteurs de plaisirs intarissables, à l’appel publicitaire des îles paradisiaques et à l’exposition sans censure des tenues estivales qui nous font oublier pourquoi nous sommes là, dans l’enceinte de l’école : TRAVAILLER.

C’est 4 semaines = 4x4x6 = 96 heures de travail devant élèves, d’enseignement, mais aussi presque autant à la maison ou en équipe de résultats, d’évaluations, de bilans de « comptes à rendre » ou à clôturer. L’heure du BILAN, des félicitations ou de la liste rouge.

Ces 4 semaines sont en fait pour nous, professeurs, un « Koh-Lanta amélioré ».

Bien que le confort de ne pas avoir à chercher sa nourriture (la cantine est toujours là, fonctionnelle jusqu’au dernier jour !!) compense un peu, il va falloir faire face avec courage à la longue liste des épreuves qui s’annoncent :

  • lutte acharnée contre la relâche de motivation ;
  • oubli des règles instaurées ;
  • désengagement du groupe classe puis des individus un à un ;
  • envie d’ailleurs ;
  • évaporation du plaisir…

Et pour bien faire monter l’audimat, moi aussi je commence à m’essouffler : faire avancer un bateau à voile en étant seule capitaine à souffler sur la grand-voile, ça fatigue. Il faut dire que l’aventure a débuté en septembre dernier… bientôt 10 mois d’efforts.

1er jour du 10ème mois d’aventure :

Ce matin, la journée s’annonce plutôt calme puisque je ne me lève que pour 3 heures de concertation (= réunion d’équipe pédagogique à des fins organisationnelles et d’échanges ou productions éducatives). Au programme : la fête de l’école (+ 6 heures), l’organisation des portes ouvertes (+ 3 heures) mais aussi les rencontres avec les parents (on ne compte pas les heures…) pour les remises de livrets des compétences et la constitution des classes en fonction des effectifs annoncés pour l’année prochaine… tic tac tic tac… Le temps passe, il faut caser le calendrier scolaire dans le cadran horaire… tic tac tic tac… mes pulsations cardiaques augmentent leur tempo.

Essoufflements, palpitations, papillotes, je sens que l’énergie me quitte, que malgré mon moral, la commande de mon corps m’échappe. Ce n’est pas le moment d’éteindre la torche, de s’avouer vaincue ! Option : vitamines, caféine pour accélérer la turbine !

PAUSE !

Je vais me reposer et vous propose de faire la pause avec moi pour faire le point sur ce qui marche et ne marche plus et m’ajuster aux dernières heures d’affrontement qui nous séparent de la ligne d’ARRIVÉE.

Ce qui ne marche plus ou crée l’ennui…

  • les rituels ;
  • les devoirs, copies et travail maison ;
  • les responsabilités (tableau des services) ;
  • l’écoute, la discipline.

Quelques idées pour tenir jusqu’au bout :

  • Varier les rituels : donner la responsabilité à un élève de « faire l’appel », de « noter la cantine », et installez-vous au milieu des autres. Vous allez créer la surprise et la fascination. N’oubliez pas de lever le doigt pour demander la parole… et lâchez prise.
  • Copie des devoirs : responsabilisez les enfants en leur demandant de se corriger entre eux (crayons gris). Osez leur « avouer » que vous n’avez pas le temps de vérifier et que vous leur faites confiance ! (c’est applicable aussi pour les leçons, les enfants sont beaucoup plus attentifs aux erreurs des autres qu’à leurs propres erreurs !)
  • Tableau des services : récompensez les meilleurs responsables, nommez des responsables suppléants, déléguez en cas d’abandon de poste sans oublier que punir n’aide pas à servir.
  • Écoute et discipline : ils n’écoutent plus rien ? Oublient que vous êtes en classe ? Se croient déjà en vacances ? En récré ? C’est certain, rien ne sert de crier, il faut se préserver. Asseyez-vous, calmement, sur une chaise devant le tableau et… attendez… parfois cela dure longtemps… très longtemps. Alors, vous pouvez tenter le bol tibétain, la clochette… ou attendre encore… Il finira toujours par y avoir un « Chuuuuut, Madame elle attend !!!! » qui sera repris en écho par d’autres (faisant plus de bruit qu’à l’origine). Gardez votre calme, respirez profondément. N’oubliez pas tout d’abord de signaler aux « enfants chuteurs crieurs » que si vous souhaitiez obtenir le calme de cette manière, vous aussi savez crier et vous fâcher mais que vous n’en avez pas envie. Puis, notez au tableau le temps d’attente que vous venez de passer sur votre assise : 3 minutes 45. Puis expliquez que ce temps vous allez le récupérer sur… le temps de sport, d’arts visuels, de musique… de tout ce qui « marche encore ».

OUF ! Ca marche encore !

  • la brain-gym : pour mettre en route son corps et son cerveau le matin ;
  • le chant : exutoire de stress, d’énervement et de tensions ;
  • les jeux ;
  • les coloriages et bricolages (de courte durée) ;
  • la manipulation de matériel ;
  • le sport : +++ ;
  • les ateliers en autonomie ;
  • les mini-projets.

 

Quelques exploitations pour tenir jusqu’au bout :

Tout d’abord, accordez des moments de travail libre « pour finir », conclure, ranger des travaux qui ne seront plus utilisés ensuite, histoire de faire un peu de ménage et d’alléger cette très longue dernière période scolaire (11 semaines contre 5 semaines en février, mais ça, c’est pour le rythme biologique des enfants…)

Clôturez les projets : faire le constat du travail accompli, du parcours effectué, s’en réjouir, s’en féliciter aussi et partager aux autres élèves, aux familles (expo, photos, album souvenir).

  • Proposer des souvenirs : c’est l’heure des bilans, on se donne ce mois de juin pour terminer, réviser etc., il est important pour les élèves de voir que tout ce qu’ils ont fait dans l’année, ils ne l’ont pas « fait pour rien ». Osez les mini-projets (exemple pour mes C.P) :
    • Je sais lire : projet lecture d’album en maternelle.
    • Je sais compter : constitution d’un dictionnaire des nombres pour le CE1.
    • J’ai appris plein de chansons : filmer les enfants en chorale puis proposer le DVD aux parents en souvenir.
  • Les aider à se projeter :
    • Dans le mois : tenez un carnet du rendez-vous avec les élèves (tout au moins pour ce dernier mois) pour noter les événements importants et visualiser concrètement les moments « détente » et les autres : les moments travail. Le repère dans le temps permet de mieux se projeter et contrôler son excitation. La fête d’école ? Tout à la fin du mois, on a le temps…
    • L’année prochaine : commencez à donner des activités du niveau de début d’année prochaine et préciser aux élèves qu’il s’agit d’un travail de… (CE1 !!).
  • Faire une pause : ils sont fatigués ? Vous aussi ? Allez, on met de côté son heure de mathématiques et on va chanter, on va faire un dessin, partager des livres… on fait la pause. Il reste 4 semaines pour trouver l’heure qui marchera.
  • Changer son approche :
    • Utilisez le sport pour réinvestir les apprentissages. Par exemple, groupe féminin contre masculin (s’attraper) ; mimer les verbes (expression corporelle) ; singulier/pluriel (un panier rempli de balles, le jeteur doit n’en garder qu’une en jetant toutes les autres que les pluriels doivent ramasser vite et remettre dans le panier), pronoms personnels (4 seaux : elle/elles/il/ils, viser dans le bon seau à l’écoute d’un mot donné)…
    • Réviser avec des jeux

Et parfois, on peut aussi :

  • Corriger certaines activités : en notant « TEST » si c’était juste pour voir où ils en étaient… et vous avez vu… ou notez « vu ».
  • Mettre un peu de musique en travaillant.
  • Sortir dans la cour plus tôt.
  • Prolonger un peu les récréations pour profiter du soleil (ou de la pluie…).
  • Refuser le rdv d’un parent de dernière minute.

 

Pour l’instant, vous l’avez compris, c’est l’épreuve des poteaux, nous sommes tous en équilibre sur un poteau mouillé en regardant droit devant vers l’horizon, sans pouvoir baisser son attention pour ne pas déraper mais avec la vision d’une délivrance proche…

BONNES VACANCES A TOUS ! (enfin… dans 4 semaines !)

Une chronique de Claire Maurage

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