Cette année, j’ai testé pour vous…

… la « minute poétique »

poésie

Qu’est ce que c’est que ça, me direz-vous ? Une nouvelle idée pour permettre à mes élèves d’expérimenter la poésie sous un autre angle que « oh non mon dieu pas la poésie ça ne sert à rien en plus on va devoir réciter des poèmes debout au tableau devant toute la classe ».

Cette année, pas de récital poétique au coin du feu (souvenez vous de mon « Vendredi pas comme les autres » d’il y a deux ans), que voulez-vous, j’ai fait ma séquence poésie en avril, l’ambiance ne s’y prêtait pas trop.
Bref.

Le concept de la minute poétique est tout d’abord complètement mensonger, mais vous conviendrez que si j’avais appelé ça « Les 12 minutes poétiques » cela aurait été un peu moins vendeur. L’idée est simplissime : au début de chaque cours, prendre le temps de lire, d’écouter un peu de poésie et dire, à chaud, ce qu’on a compris, ressenti. De ce fait, ça ne dure jamais une minute, mais plutôt dix… Et c’est loin d’être une perte de temps, comme on pourrait se le dire au premier abord ! Car il s’en est passé des choses pendant ces « minutes poétiques »…

Pour commencer, j’ai montré l’exemple : je suis arrivée avec une dizaine de recueils de poésie. Les miens. Des vrais livres. Avec de belles éditions. Je leur ai expliqué l’idée : à chaque début d’heure, je les invitais à partager un poème avec le reste de la classe, sur la base du volontariat, avec pour seule contraire de bien s’entraîner à le lire à haute voix chez soi. J’ai feuilleté mes recueils devant eux et nous sommes passés d’un petit poème de Rimbaud à Mahmoud Darwich, en passant par un poème en prose de Baudelaire que j’adore – L‘homme laid et le miroir.

Après chaque lecture, on a pris le temps de dire un peu ce qu’on avait compris, ressenti. Et puis, j’ai demandé s’il y avait des volontaires pour la prochaine heure : deux élèves se sont proposés. Je leur ai proposé de leur prêter un de mes recueils, une a dit oui, l’autre non… et c’était parti.

On a fait ça toute la séquence, et c’était vraiment magique. Il y avait une belle écoute entre eux – bon, certes, il y a eu quelques bavardages une ou deux fois, mais vraiment de façon marginale – et mes élèves ont développé leurs capacités d’analyse. À travers tous les textes lus, on a revu des poèmes très classiques (Ronsard, par exemple : « Mignonne allons voir si la rose… »), on a revu les règles de versification, ni vu, ni connu (hop, je cherche le poème sur Google, hop je vidéoprojette, hop « quel est le schéma des rimes ici, au fait ? »), et on a comparé la longueur des vers, les thèmes, les poètes qui disent « je », ceux qui ne le disent pas, les poèmes qui racontent une histoire, ceux qui sont plus nébuleux mais où on se laisse emporter par la magie des mots…

Cette minute poétique nous a permis de lire bien plus de poèmes qu’une séquence « classique » l’aurait fait, et j’ai été épatée par les progrès de mes élèves en lecture et en analyse. Dans l’évaluation de fin de séquence, je leur ai demandé, dans le cadre de l’apprentissage du paragraphe argumenté, de me dire ce qu’ils avaient pensé de cette minute poétique. Je les avais encouragé à être vraiment honnête, j’espère qu’ils l’ont été…

 

Petits extraits des réponses que j’ai eu :

« Je pense que c’était une bonne idée pour pouvoir s’instruire et ça permet d’être à l’écoute de ses camarades. [… ] Je n’avais jamais fait ça avant j’ai bien aimé connaître d’autres poèmes et poètes connus. »

« Non je n’avais jamais fait ça avant. J’ai aimé car ça nous apprend à écouter, et qu’il faut bien respecter la ponctuation. Non j’en ai pas lu car je n’ai pas eu le temps de passer. Le poème que j’ai aimé est “Air Vif” car son style me plaisait. […] »

« La minute poétique a été bénéfique pour moi car j’ai appris à me concentrer et à comprendre des poésies, c’était la première fois de ma vie et j’ai bien aimé. J’ai compris avec les poèmes que chacun peut trouver sa propre interprétation même si le thème ne change pas. J’ai moi-même lu un poème car il permet de mieux lire à l’oral et participer. J’ai aimé les poèmes M. Darwich. Je me retrouve dans ses poèmes. […] »

Une chronique de Cécile Thivolle-Cazat

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