Voyage, voyage…

Mieux quand on ne part pas ?

Voyage scolaire

J’adore les voyages scolaires.
On suit un autre rythme, on change de décor, on change d’espace, on découvre ses élèves sous un autre jour….

Surtout quand on ne part pas !

Pendant que plus de la moitié des élèves de ma classe de 4ème usaient leur semelles à Londres, prenaient des bus rouges à étage, et contemplaient avec stupéfaction les baked beans qu’on leur servait pour le pti dej’, j’ai passé une excellente semaine avec ceux qui restaient.

  • Changement de rythme :

Forcément, quand on a face à soi 10 élèves, on a plus de temps pour chacun d’eux. On peut dialoguer, débattre, et tout le monde suit, tout le monde s’implique, car c’est beaucoup moins impressionnant qu’en classe entière. Cette semaine-là, je les avais quatre heures, que j’ai consacrées à des ateliers d’écriture pour faire ce qu’on n’a jamais le temps de faire : lire son texte aux autres, écouter leur avis puis faire des modifications pour l’améliorer. Ils ont tous joué le jeu ! On est parti d’un texte de George Perec qui s’intitule De la difficulté d’imaginer une cité idéale (texte ici) et chacun a ensuite créé sa propre version…

  • Changement de décor :

À partir de tous les poèmes écrits par mes élèves, nous avons constitué une mini exposition intitulée « À la manière de Georges Perec » qui égaye un des murs de la salle de classe. Et il fallait voir leur fierté quand ils ont présenté leur travail à leurs camarades, à la rentrée…

  • Changement d’espace :

Petit effectif oblige, on a bougé les tables : de mes belles rangées bien alignées, on est passé à un joli « U » pour que tout le monde puisse se voir et s’entendre. Le dialogue entres les élèves, mais aussi entre les élèves et le professeur est facilité : il n’y a plus de distance, plus de « bureau de prof » puisque je m’installe avec eux. Et vous savez quoi ? Maintenant que tout le monde est rentré, j’ai gardé mon « U ». J’en ai créé un deuxième, et, hop, j’ai l’impression d’avoir cassé un peu le rapport frontal prof-élève… À voir si je tiens dans la durée, mais pour le moment, cela me satisfait pleinement.

  • On découvre ses élèves sous un autre jour :

En plus petit groupe, forcément, on a plus le temps d’écouter, de discuter. Par exemple, j’ai un élève qui est parti tout de suite dans la provoc’ et a bâcle un texte “poétique” avec des phrases du style « Je n’aimerais pas aller en français mais parfois si », « J’aimerais être une casquette mais parfois non ». Venant de cet élève, je m’y attendais un peu… Mais ce qui est chouette, c’est que je n’ai même pas eu besoin de lui dire que ce n’était pas terrible. Pendant le tour de table, lorsqu’il a lu son poème, tous ses camarades lui ont dit qu’il avait fait n’importe quoi, et qu’il fallait tout recommencer !

 

Voilà. J’ai des collègues qui râlent parce qu’ils ne peuvent pas « avancer dans le programme » avec si peu d’élèves. Au contraire, j’ai vraiment apprécié ce temps « hors du temps » scolaire, certains élèves ont vraiment joué le jeu des apprentis poètes, et ont écrit de très belles choses. Alors, quand je sors épuisée d’une séance avec eux où tout ne s’est pas passé comme je le voulais, où je me dis que, quand même les bavardages c’était plus facile de les maîtriser quand ils étaient assis bien en rang, je me rapproche du fond de la salle, et je relis leurs créations le sourire aux lèvres… :

« Je n’aimerais pas aller au paradis mais parfois si,
Je n’aimerais pas être une lampe pour briller mais parfois si,
Je n’aimerais pas être un courant d’air mais parfois si,
Je n’aimerais pas être une porte pour être refermée mais parfois si
J’aimerais être une route pour connaître mon chemin mais parfois non. »

2ème version de M., élève rebelle qui ne « voulait pas aller en français mais parfois si et qui ne voulait pas être une casquette mais parfois si ».

 

Une chronique de Cécile Thivolle-Cazat

Commentaires

commentaires

4 commentaires

  • Sophie dit :

    Merci pour ce bel exemple enthousiasmant !

  • Melanie dit :

    Oui, il faut savoir tirer le meilleur de ces séances à effectif réduit. Ceci dit, en une semaine et avec cet effectif de 10, on peut construire un petit projet tandis que quand ce sont des séances ponctuelles et ou il reste les deux-tiers du groupe (répercussion sur le cours de langue de l’absence d’une classe), c’est moins évident, je trouve; il m’arrive même, à ce moment-là, de préférer ne pas avoir le reste de la classe… en estimant la progression « cassée ». Mais, c’est l’occasion d’offrir une individualisation qui est moins possible en classe entière et qui peut donner lieu à une séance de cours efficace.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *