Rester debout

Les études sont unanimes : il existe un lien entre l’inactivité et les problèmes de santé, dont les maladies cardiaques, le diabète et l’hypertension. Mais la plupart de ces études portent sur des adultes dans un environnement professionnel et soulignent les conséquences néfastes de la position assise sur la santé. D’où la mode des bureaux debout en entreprise.

Bouger, c’est bon pour la santé. Ces dernières années, de nombreux chercheurs se sont penchés sur l’utilisation de bureaux debout à l’école (devant lesquels les élèves choisissent de s’asseoir sur un tabouret ou de rester debout) en lieu et place des traditionnels pupitres. Les résultats sont prometteurs mais, jusqu’à présent, les chercheurs ont surtout envisagé ces bureaux comme un moyen de combattre les comportements sédentaires.

Différentes études ont démontré que ces «bureaux debout» permettaient de brûler des calories. Mais ils favoriseraient également une meilleure écoute et un comportement plus studieux chez les élèves, selon les enseignants.

Ces témoignages sont-ils dignes d’intérêt ? Notre équipe du Texas A&M Ergonomics Centera décidé d’enquêter sur les éventuels bénéfices neurocognitifs des bureaux debout pour les élèves. Il s’avère que le fait d’autoriser les enfants à se déplacer dans la classe aide à stimuler leur attention et leur concentration.

Les bureaux debout permettent aux enfants de se déplacer davantage. Your Milbura/Flickr, CC BY

Dans les écoles, les bureaux debout aident les enfants à brûler les calories

Mon collègue, le Dr Mark Benden, a tout d’abord envisagé le déplacement au sein de la classe comme un moyen de lutter contre l’obésité croissante des enfants. Au cours des trente dernières années, le taux d’obésité juvénile a quadruplé, surtout chez les 12-19 ans.

Comme l’a constaté le Dr Benden, les élèves brûlent entre 15 et 25 % de calories supplémentaires dans les classes équipées de bureaux debout, où chacun choisit de rester debout ou de s’asseoir, par rapport à ceux qui restent assis en permanence.

Cet aspect n’est certes pas négligeable, mais la question principale est de savoir si l’apprentissage s’en trouve amélioré.

La position debout aide les élèves à rester attentifs

Après avoir mené, le temps d’une année scolaire, une étude portant sur près de 300 enfants américains répartis dans des classes correspondant au CE1, CE2 et CM1, le Dr Benden et son équipe se sont aperçu que les enfants bénéficiant de bureaux debout avaient un niveau d’attention plus élevée de 12 % par rapport à ceux qui étaient assis derrière un pupitre.

L’attention accrue dont ils faisaient preuve a été mesurée à l’automne et au printemps, en observant la fréquence à laquelle ils répondaient aux questions, levaient la main ou participaient activement aux échanges. Elle n’est bien sûr pas entièrement imputable aux seuls bureaux. La façon dont ceux-ci sont disposés et la manière dont l’enseignant stimule les élèves, par exemple, sont également susceptibles de contribuer à une meilleure implication de la classe.

C’est pourquoi le Dr Benden et moi-même nous sommes attachés à étudier les avantages des bureaux debout en nous basant sur des tâches cognitives simples telles que le temps de réaction, la capacité à maîtriser sa prise de parole, l’attention, la mémoire et l’agilité mentale.

Toutes ces tâches constituent les fonctions exécutives, dont l’évaluation permet de mesurer la capacité d’un individu à se fixer un objectif, ce qui fait partie intégrante de son développement cognitif.

Ce serait peut-être mieux debout ? Shutterstock

Les élèves se montrent plus attentifs lorsqu’ils ont la liberté de s’asseoir ou de rester debout

Nous avons évalué 34 élèves de seconde, avant et après l’installation de bureaux debout dans leur classe en cours d’année. Nous voulions voir dans quelle mesure l’utilisation continue de ces bureaux affectait leurs fonctions exécutives.

Ces fonctions nous aident à analyser les tâches que nous devons accomplir, à les décomposer et à les garder à l’esprit jusqu’à ce que nous les ayons effectuées. Elles sont directement liées au développement de nombreuses compétences scolaires permettant aux élèves de gérer efficacement leur temps, mémoriser des faits, comprendre ce qu’ils lisent, résoudre des problèmes complexes et organiser leur pensée à l’écrit.

Afin d’apprécier ces fonctions exécutives, nous avons soumis les élèves à une série de tests effectués sur des bureaux debout dans un laboratoire informatique, afin d’isoler l’effet de ces bureaux, indépendamment de leur agencement dans la classe et d’autres variables de ce type. Les fonctions exécutives étant largement contrôlées par la région cérébrale frontale, nous avons placé des biocapteurs sur le front des élèves pendant qu’ils passaient ces tests. Notre appareil portable d’imagerie cérébrale (spectroscopie fonctionnelle dans le proche infrarouge) était ainsi en mesure de mesurer les variations dans le fonctionnement du cerveau frontal.

Les tests ont établi un lien entre l’utilisation continue de bureaux debout et l’amélioration significative des fonctions exécutives et des capacités de la mémoire de travail.

Cette étude est la première à examiner de façon objective les réponses cognitives des élèves utilisant des bureaux debout, et à fournir une base neuropsychologique aux améliorations observées. Qui plus est, l’évaluation des fonctions cognitives élémentaires a permis de mesurer l’impact de ces bureaux sur les éléments constitutifs du comportement des enfants en classe.

Elle a par ailleurs montré que l’utilisation de bureaux debout améliorait les fonctions neurocognitives de 7 à 14 %, ce qui corrobore les résultats d’études antérieures sur les cours d’éducation physique à l’école.

Les élèves d’une école maternelle chantent une chanson, dans le quartier de Penjaringan, à Jakarta. Beawiharta/Reuters

Nous avons tous besoin de bouger

Nous prévoyons d’étendre cette étude à de nombreuses écoles et d’examiner davantage d’enfants, de classes d’âge différentes et sur plusieurs années. Des recherches plus poussées pourraient inciter les responsables politiques, les professionnels de la santé et les directeurs d’établissement à mettre en œuvre des modifications simples et durables dans les salles de classe, afin de généraliser l’exercice physique, de stimuler le développement cognitif et d’améliorer les résultats scolaires.

Soyons réalistes : il fut un temps ou la société dans son ensemble était plus active. Les bureaux debout facilitent le mouvement. Si l’on peut modifier en douceur les comportements des enfants (en les laissant remuer et se déplacer pendant les cours), la mobilité pourrait bientôt être la norme.

Après tout, la science nous dit que nous réfléchissons mieux lorsque nous bougeons.

Traduit de l’anglais par Catherine Biros pour Fast for Word.

Publié initialement par The Conversation (que nous aimons bien et soutenons au PJP)

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1 commentaire

  • Sylvie dit :

    Sauf que…
    Il y a une sacrée différence entre être debout et bouger, surtout dans les espaces exigus que sont la majorité de nos salles de classe…

    Comment se déplacer sans heurts dans une salle qui accueille difficilement 30 élèves alors qu’on y est vraiment à l’aise qu’à 22 ou 23?
    Que chacun trimballe d’une salle à l’autre 8 fois par jour, son sac à dos et le pose là où il peut et de préférence dans l’allée, là où il pourra servir de chausse trappe pour celui qui aurait l’audace de se déplacer sans regarder où il met les pieds ?
    Comment tenir compte des différences de taille entre les 6e et les 3e? C’est drôle, plus je vieillis plus ils me semblent petits quand ils arrivent – pourtant je ne grandis plus – et grands quand ils repartent.

    C’est clair que les voir avachis sur leur table, le dos formant un C, les poumons écrasés, le cerveau donc mal alimenté en oxygène ( je ne me prive pas de leur dire ; « Sit up! If you can’t breathe properly you can’t think!) , ça me fait franchement mal au cœur, alors régulièrement nous nous levons, nous effectuons des petites chorégraphies mnémotechniques… on bouge un peu, on fait aussi un peu de relaxation quand ils sont trop excités d’avoir été enfermés et assis toute le journée (récupérer 30 petits 6e en 8e heure, je ne vous raconte pas la partie de plaisir)…

    Mais debout ou assis/debout devant un bureau haut?
    La station debout prolongée, si l’on ne peut pas réellement bouger, marcher, et non piétiner… est-elle bien meilleure pour la santé?
    Demandez-donc ce qu’en pensent les infirmières, les coiffeuses, les vendeuses, les professeurs, qui bien que debout et bougeant un peu – on ne fait tout de même pas des marathons même en circulant régulièrement entre les lits/ le bac et le fauteuil/ les rayons / les rangées de tables ?
    N’importe quel médecin vous dirait que ce sont les catégories professionnelles les plus touchées par les problèmes veineux aux jambes.

    Ce qu’il faudrait pour redonner aux enfants le goût de l’activité physique, c’est en finir avec ces satanées journées de huit heures de cours, 4 jours et demi par semaine, libérer les élèves tôt l’après midi et proposer des activités sportives et culturelles tous les jours et pas seulement le mercredi après midi pour les quelques motivés des UNSS qui feraient du sport de toutes façons…

    J’adorerais pouvoir disposer les tables de ma salle de classe de manière à pouvoir ménager différents espaces, avoir des endroits où selon le type d’activités les élèves pourraient travailler debout, assis par terre…
    Je rêve de pouvoir aller faire cours dehors sur la pelouse quand il fait beau au lieu de cuire dès que le mercure dépasse 25 degrés (dans ma salle c’est cuisson à l’étuvée, volet fermés pour se protéger du soleil direct de l’après midi – ou rôtir au soleil fenêtres basculantes ouvertes…si je tenais l’architecte qui a dessiné ce collège je lui ferais passer une après midi dans ma salle en guise de punition).

    Enfin bref… ilôts bonifiés, EPI, bureaux hauts… que ne va-ton pas inventer encore pour nous faire oublier que les pouvoirs publics refusent toujours de s’attaquer aux vrais problèmes : les classes surchargées et les rythmes scolaires imbéciles (trop d’heures sur trop peu de jours…).
    Seulement voilà, tout ça, ça coûte des sous, et des sous, y en a plus…

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