Le jeu du « J’y vais, j’y vais pas… »

Le printemps revient, l’air du large vous appelle, vos pieds vous démangent. C’est la saison idéale pour envisager le fameux voyage scolaire. Mais n’allons pas trop vite. Êtes-vous vraiment taillé/e pour l’aventure ? Savez-vous à quoi vous vous engagez ? Si vous avez déjà fait 1000 km en voiture avec vos enfants, vous avez sans doute déjà une idée des tenants et des aboutissants…

Si vous êtes encore indécis, vous pouvez faire ce petit quiz et/ou lire cet article et savoir si oui ou non « J’y vais, j’y vais pas en voyage scolaire. »

séjour scolaire

  • Vous avez le sens de l’organisation. 4 points.

Un voyage scolaire, ça ne se décide pas sur un coup de tête en mode lastminute.com. En général au mois de juin de l’année précédente avec des élèves fictifs, des minois inconnus. Et là, plein d’espoirs,  vous franchissez la porte de l’intendance. Cet endroit va devenir votre deuxième endroit favori du lycée après celui de la secrétaire. Après discussions, on vous remettra le sésame, le formulaire X2212 qu’il va falloir renseigner. Bien sûr la destination, (faites pas dans le pas trop exotique quand même) la date (attention aux jours fériés), mais surtout, le budget équilibré. Les dépenses et les recettes pour un voyage encore imaginaire… Combien vous allez dépenser pour le transport par exemple… Là déjà ça en décourage certains. Surtout qu’il faudra 3 devis différents…

  • Vous aimez les défis. 3 points.

Sachez qu’on peut partir à l’étranger, mais il y a des moyens de transport plus populaires au CA que d’autres. Ah oui, j’ai oublié de vous dire que votre projet devait être validé au Conseil d’Administration et approuvé par les parents et les collègues. Exeunt les Caraïbes et les Seychelles, même pour étudier les coquillages.

Si vous voulez allez en Irlande, il vaudra mieux envisager de prendre le bateau et l’autocar. Petit détail de taille, il faudra faire avec la traversée mouvementée de 18 heures et deux nuits avec les élèves répartis en cabines de 4. Prévoir des punitions dantesques pour ceux qui font la fête jusqu’au bout de la nuit. On n’aime pas que vous pensiez à votre confort et preniez l’avion. Non, non pas l’avion, il faut que ce soit dur, dépaysant, crevant, sinon ça vaut pas.

  • Vous êtes un peu fou. 4 points.

Il vous faudra suivre, retrouver et interroger 50 élèves pour connaître leur nationalité, leur date de naissance, leurs allergies, leur lieu de naissance, leur régime alimentaire, leurs amis/amies  pour être placés dans les familles, l’adresse de leurs parents, leur numéro de téléphone. Tout ou presque. Il arrive aussi que ce ne soit pas seulement les élèves que vous avez en classe, donc globalement ils s’en moquent comme de leur première console. Du coup ça pourra prendre du temps pour remplir le fameux doc excel à remettre au prestataire. Attention aux cheveux blancs.

  • Vous n’avez peur de rien. 4 points.

On vous vilipendera, on vous dira que vous partez en vacances, on dira que vous déréglez le fonctionnement du lycée, que vous êtes un/e tire au flanc, que vous profitez de l’argent public j’en passe et des meilleures. Vous vous trouverez en compétition avec les lagunes Italiennes et devrez convaincre vos élèves que les landes de la Cornouailles sont plus chouettes que les gondoles à Venise. Vous serrerez les dents, sans rien dire.

  • Vous n’avez pas le mal des transports. 5 points.

« Mer calme » sera votre ami. Il vous plongera dans un état semi-comateux incompatible cependant avec la gestion de 50 élèves de secondes. Vous serez soit autoritaire et malade soit vaseux et complaisant. Un âge critique 14/15 ans d’ailleurs, l’âge des défis « Vous nous achetez des cigarettes Madame, parce qu’en Angleterre ils nous envoient bouler… » l’âge des « Tu m’as bien vu, la tête en bas, mort de rire, chantant à tue-tête, traversant sans regarder, en groupe bloquant le passage des autres piétons ? »

Les heures s’égrènent et ils paraissent longs ces jours en bus, vitesse limitée sans possibilité de baisser le son. Car non pas de vitre ni d’hygiaphone entre la partie professeurs (devant) et les élèves derrière.

Vaut mieux faire un plan de bus d’ailleurs (ils adorent et ça vous rend populaire) prévoir des sachets pour ceux qui ne supportent pas les transports, les odeurs corporelles, l’air conditionné et confiné.

  • Vous avez mauvais caractère. -5 points.

Les voyages scolaires sont de vrais révélateurs. Ces petits travers que vous avez l’habitude de dissimuler toute l’année sauteront aux yeux. Là, vous serez sur le pont de 7 h à 19 h, pas d’échappatoire. Le sourire du début de séjour va peu à peu disparaître. Vous n’allez plus supporter les photos de groupes et les chansons à la mode (heureusement vous avez interdit les barres à selfies et les enceintes portables). Vous n’aimez pas compter vos ouailles toute la journée, cela va devenir un réflexe,  chercher du regard celle qui fait du diabète et qu’il faut surveiller de près. Votre individu va s’effacer pour le profit du groupe.

  • Vous n’avez pas le sens de l’orientation. -5 points.

Vous êtes mis à l’épreuve quand il faut guider sur des cartes approximatives 50 élèves dans des villes que vous ne connaissez pas. Deux endroits stratégiques néanmoins: le parking des bus et les toilettes. Toujours 30 minutes à ajouter aux temps de déplacement. Faire passer tout ce petit monde aux toilettes ça peut prendre du temps.

Prévoyez aussi un petit parapluie de couleurs comme les guides Japonais surtout si comme moi, vous faites moins de 1 m 70. Agitez-le résolument surtout quand vous changez de direction.

Souvent vous désactivez l’abonnement internet à l’étranger et vous vous retrouvez avec 50 exemplaires de l’âne de Shrek, « c’est quand qu’on arrive« ? sans GPS. Il aurait fallu enregistrer toutes les cartes hors connexion. Vous avez oublié… Cartes google hors ligne !

  • Vous n’aimez ni les blogs ni les photos. -5 pointsIMG_3006.

Il faudra renoncer au banal message sur la messagerie vocale du voyage (un attrape-nigaud qui peut vous coûter cher à l’étranger) et poster les photos du voyage, prendre TOUS les élèves tous les jours, sous toutes les coutures, courant après les moutons, cherchant de l’or, mangeant leur sandwiches aux œufs et leurs chips, lot des packed lunches en Angleterre, faisant mine de regarder le monument, feignant ostensiblement de ne pas écouter le guide à la montre Mickey… Cette année, comme les années précédentes, c’est tackk mon favori parce que les élèves peuvent poster de leurs téléphones. Car les élèves savent se prendre en photo, ils savent même très bien. Mission où k’il est le WIFI dans les stations essence. Un bon point pour Starbucks qui certes vend du café à la mode trop cher mais qui nous laisse surfer gratuit.

  • Vous aimez tout contrôler. -10 points.

Si vous êtes du genre à tout vouloir contrôler, le voyage scolaire n’est pas pour vous. Il y aura des surprises, des inattendus, des chutes, des oublis, des retards, des visites à éliminer, des élèves désagréables sans que vous sachiez pourquoi et de retour en France, à l’heure, vous aurez la joie d’entendre 6 merci sur 50 familles sans compter qu’il faudra encore patienter une demi-heure que les parents des retardataires se souviennent du sms reçu deux heures plus tôt. Ben oui ils étaient chez Auchan et alors ?

  • Résultats des courses ? Score encore positif ? Allez-y, tentez l’aventure.

Si après tout ça vous avez encore envie d’emmener vos élèves, et n’avez pas changé d’avis, je vais vous avouer la vérité. On oublie vite.  On oubliera les visages, les soucis, les ennuis, le mauvais temps, les bourrasques, les crises de nerf, et on recommencera l’année suivante. C’est une manoeuvre de survie d’ailleurs, la mémoire de poisson rouge, utile et salvatrice.

Car vous aussi vous avez appris, découvert, pris de belles photos, partagé avec vos collègues, ri de bon cœur, échangé avec vos élèves en dehors de la classe, créé des liens qui dureront plus qu’une année et les embûches, les ennuis et les moments de découragement ne seront plus qu’un vague souvenir.

Et encore vous répondrez « OUI » l’année prochaine, à la réunion portes ouvertes quand on vous demandera si vous organisez des voyages scolaires. Car vous avez vous ri de bon cœur quand un élève vous a dit dans le bus: « Maintenant que vous avez liké ma photo sur Instagram Madame, je peux faire ma vie tranquille ».

Une chronique d’Amélie Silvert

Commentaires

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1 commentaire

  • jacques dit :

    Excellente chronique.

    Vous savez de quoi vous parlez.

    Merci pour vos conseils pertinents et judicieux.

    A la rentrée prochaine, je me jette dans le grand bain, sans bouée.

    jacques san.

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