Ça marche, mais comment le savez-vous ?

En partenariat avec la Journée de l’Innovation

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La prochaine Journée de l’innovation, qui aura lieu le 30 mars à Paris approche ! Frédérique Cauchi-Bianchi, lauréate du Prix de l’Innovation 2012 pour « le pilotage concerté d’un réseau du socle » et IPR dans l’Académie de Nice, y animera un atelier autour d’une question épineuse mais passionnante, qui vous a tous traversé l’esprit (si, si !) : « Ça marche, mais comment le savez-vous ? » Elle a accepté de nous faire part de sa riche expérience en matière d’évaluation au fil de quelques questions.

Le Petit Journal des Profs : Pour lever un peu le mystère autour de la prochaine journée de l’innovation, racontez-nous comment va se dérouler votre atelier ?

Frédérique : La question est : « Ça marche, mais comment le savez-vous ? » dans le cadre de l’évolution de l’école primaire. Le but des ateliers est de mettre les participants en activité. Nous allons donc constituer un groupe qui va travailler avec l’équipe de l’école de la rue d’Oran (Paris 20e), qui a mené une action « En finir avec les devoirs ». Dans un premier temps, les participants vont dépouiller les résultats d’une enquête réalisée auprès des élèves de CM2. Quatre questions ont été posées aux petits (Qu’avez-vous appris à l’école ? Qu’est-ce qui vous a permis d’apprendre ? Qu’est-ce qui vous a empêché d’apprendre ? Quels conseils donneriez-vous à l’équipe ? ndlr). À partir du dépouillement de cette enquête, les participants vont pouvoir questionner l’équipe de cette école pour pouvoir confronter leur réception aux réactions des élèves face à leurs pratiques et à ses effets. En règle générale, les professeurs se fondent beaucoup sur leurs impressions, sur leur ressenti, et assez peu sur des enquêtes auprès des élèves. Il est donc intéressant d’avoir ce feedback, parce qu’il est souvent beaucoup plus positif que ce que l’on croit. Parfois, de petites choses que l’on fait un peu mécaniquement, sans en avoir vraiment conscience, ont des effets majeurs. Ce genre de démarche nous permet de savoir ce qui est important et ce qui permet d’apprendre.

PJP : Revenons sur l’une des questions posée aux élèves : « Quels conseils donneriez-vous à l’équipe ? » N’est-elle pas un peu paradoxale ?

Frédérique : C’est vrai que ça peut paraître paradoxal ou même choquant pour un enseignant, qui pourrait penser : « Quels conseils ai-je à recevoir d’un élève ? ». Mais c’est important de leur donner cette possibilité de renvoyer quelque chose à leur enseignant. Je suis inspectrice, donc quand je dialogue avec les élèves, j’entends souvent des remarques comme : « Le prof, il devrait faire plus souvent ça ! » Finalement, l’enseignant ne se rend pas forcément compte que la demande des élèves peut concerner un point précis, ou que « ça, c’est bon pour eux ». Ils naviguent parfois à vue. Et en même temps, de là où ils sont, les professeurs sentent ce qui fonctionne avec la classe mais pas forcément ce qui marche pour apprendre.

PJP : Justement, comment peut-on innover dans l’évaluation des élèves aujourd’hui ?

Frédérique : Ce qui devrait être une innovation dans l’évaluation des élèves, serait de les évaluer pour apprendre. C’est-à-dire, non pas de les évaluer de manière sommative, mais bien de les évaluer pour mesurer ce qu’il reste à faire, de manière différenciée, pour mesurer leur niveau à un moment donné… Malheureusement, aujourd’hui, l’évaluation, ça tombe et puis… ça s’arrête. On passe à autre chose, alors que le temps et les voies pour apprendre ne sont pas identiques pour chacun des élèves. L’évaluation est encore beaucoup trop systématique, dans le sens de « mécanique ». Justement, enquêter auprès des élèves, leur poser des questions qui se concentrent sur la manière dont ils apprennent, la manière dont ils progressent, le chemin qu’ils prennent, sur ce qui les arrête, mais aussi essayer de recentrer les enseignants sur l’observation en classe, ça permettrait de faire de l’évaluation pour les apprentissages. Ça éviterait de penser que l’on évalue des compétences alors qu’on évalue des performances. Bien sûr, sur le terrain, on voit des professeurs qui s’asseyent avec les élèves, vont poser des questions : « Là tu as fait ça, pourquoi ? », « Comment tu as fait pour en arriver là ? » ou qui ont des méthodes où l’élève donne sa réponse mais aussi son cheminement. Du coup ce qui est évalué, ce n’est pas le résultat ou le produit fini, c’est la démarche. Le professeur peut ainsi comprendre ce qui bloque et trouver des solutions pour que l’élève apprenne mieux.

PJP : Selon vous, est-ce que les outils numériques peuvent permettre d’évaluer les élèves autrement ?

Frédérique : Si on ne change pas d’état d’esprit ou de conception de l’évaluation, ça ne modifie rien. Le numérique peut aider au changement de positionnement car il permet de garder une trace du parcours de l’élève, comme dans les portfolios, par exemple. Garder une trace de ce qui a été repéré, des explicitations, des nœuds, permet aussi de transmettre ces données aux enseignants de l’année suivante. Cela permet de capitaliser le parcours et les savoirs de l’élève. On peut aussi individualiser davantage l’évaluation. Pour les enseignants qui sont dans cette démarche, le numérique a quelque chose de bon parce qu’on peut aussi garder, sur une tablette par exemple, les différentes étapes du travail, et revenir dessus. Les apprentissages prennent du temps, ont besoin de nourrissage. On peut très bien imaginer revenir sur une rédaction après un cours, pour enrichir le texte. Cet écart-là permet également d’évaluer de nouveaux savoir-faire. Je crois que l’intérêt majeur du numérique c’est sa capacité à garder trace du progrès des élèves.

PJP : Vous-même, « Comment savez-vous que ça marche ? » avec les élèves ?

Frédérique : Aujourd’hui, je suis inspectrice, mais j’enseignais encore il y a six ans. Je me suis toujours beaucoup fondée sur le feedback des élèves. Pas sur des remarques de type « J’aime, j’aime pas ». Être populaire c’est facile, mais ce n’est pas pour autant qu’on est efficace. En revanche l’explicitation, le fait de poser beaucoup de questions au cours d’un travail d’écriture, permet de mieux savoir ce qui marche. Mes élèves savaient qu’ils pouvaient se permettre ce dialogue. Il y avait aussi des choses dont je savais qu’elles étaient bonnes pour eux, alors qu’ils ne s’en rendaient pas compte. Il a fallu persister, et ensuite mesurer les résultats ensemble. La discussion peut être individuelle ou en petits groupes, mais il faut partir du principe que donner la parole aux élèves, ce n’est pas se mettre en danger. C’est pouvoir mieux connaître leur façon d’apprendre et de travailler, donc mieux résoudre leurs difficultés.

L’entretien de Frédérique est le deuxième d’une série avec quelques animateurs des ateliers organisés lors de la Journée de l’Innovation du 30 mars prochains. Thème suivant : « Que dit-on quand on dit « intelligences multiples » ? ».

Commentaires

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5 commentaires

  • jacques dit :

    Excellente chronique de Frédérique qui était instit il y a 6 ans et qui est devenue inspectrice.
    Quand elle va  » inspecter » un ou une collègue et qu’elle propose une remarque, elle sait de quoi elle parle.
    Ce qui n’est pas toujours valable pour tous les inspecteurs.
    Ils ont les diplômes, ils ont passé un concours, mais connaissent-ils tous le quotidien d’une classe?
    Une inspection tous les 3 ans, c’est ridicule, inefficace et infantilisant.
    Se poser la question : <>
    est une très bonne question.
    Ca marche parce que l’instit ( ou le prof ) est en phase avec ses élèves.
    Il vit réellement avec eux.
    Il est sur la même longueur d’onde.
    Monsieur Mathieu vous dira que ça marche grâce aux jeux. On apprend mieux en jouant..
    Et il aura raison.
    Une autre, vous dira que ça marche en introduisant le Rire comme matière principale et en faisant le clown avec ses élèves, elle détend l’atmosphère qui est souvent tendue en classe.
    Elle a entièrement raison.
    Elle ne se pose pas de question. Elle le fait naturellement. Depuis toute petite, elle l’a toujours fait.
    Chez elle, c’est naturel. Et c’est pour cela que ça marche.
    Et son conseil nous est précieux.
    Elle nous dit :<< Avec moi, ça marche. Alors essayez. Vous ne risquez rien. Vous avez PEUR que les élèves débordent. Ce n'est pas grave. Vous maitrisez la situation. Un petit retour au calme et tout est en ordre. Mais qu'est-ce que c'est bon de rigoler pour le plaisir de rire, sans se prendre la tête.
    Le gros problème dans l'Education Nationale, au de réfléchir avec sa tête, on ferait mieux d'écouter son COEUR. Agir instinctivement au lieu de réfléchir.
    Les inspecteurs ( ou inspectrices ) réfléchissent trop.

    L'étude des grands comiques français devrait être obligatoire à l'école.

    Sujet de dissertation au bac

    <>

    Les clowns à l’hôpital, ça marche.
    Alors pourquoi pas à l’école?

    Je vous souhaite une bonne journée à tous et à toutes.

    Qu’un arc en ciel de mille couleurs illumine vos jours et vos nuits.

    jacques san

  • Monticelli dit :

    salutaires réflexions! C’est une professeur stagiaire de l’académie de Paris qui m’a signalé cet entretien en me disant: « un article pour le petit matin »… Au plaisir de la réflexion de madame Cauchi-Blanqui s’est ajouté celui de savoir qu’il y avait de tout jeunes profs à l’affût… et dans le partage!

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