Le marché de connaissances

Aujourd’hui nous avons répété notre marché de connaissances. Le marché de connaissances, c’est un projet à plusieurs classes et rien que ça, ça suscite la motivation l’excitation des élèves. Maître, on pourra mélanger les classes ? Non, il ne faut pas exagérer.

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Le jour du marché, nous déplacerons les tables, décentraliserons la classe vers la cour, oublierons de mettre les manteaux et retournerons les chercher en classe. Avant tout cela, nous croiserons les doigts pour qu’il fasse beau. Mais pour l’heure, nous répétons en classe dans une joyeuse ambiance de projet bruyant.

L’idée est lumineuse, merci, mais elle n’est pas de moi : par groupes de deux ou trois, voire seuls pour les sans copains ou qui n’en veulent pas, les élèves tiendront un stand. À ce stand, d’autres élèves viendront acquérir une connaissance qu’ils n’avaient pas jusque-là (et qui leur servira peut-être à quelque chose un jour, qui sait). Le contrat consiste donc à transmettre une connaissance, puis à aller en acquérir aux stands des copains. Il y a les footeux qui enseigneront l’art de la jongle, les coiffeuses qui apprendront à faire des tresses, les magiciens qui auront plus d’un tour dans leur cartable et les cuistots qui concocteront des repas américains et qui précisent d’ores et déjà qu’il y aura le choix : avec ou sans porc.

Hélas, je suis végétarien.

Nous avons une fiche de préparation qui contraint les élèves à cadrer la mise au point de leur stand. Les tresseuses stressées me demandent d’acheter deux têtes à coiffer avec l’argent de la coopé. Je leur propose de prêter plutôt ma tête ou d’emprunter celles des copines. Les footeux me demandent si on pourra rafistoler les filets des buts de handball. Pour apprendre à jongler ? Non mais tu m’expliques ? Quant aux magiciens, ils font les difficiles : un vrai magicien ne donne pas ses tours. Oui mais tu n’es pas un vrai magicien, tu es un élève dans un marché de connaissances et de toute façon j’ai bien vu que tu avais caché la deuxième ficelle dans la manche de ton pull avant le début du show.

Chauds comme des bouillotes, mes petits marchands de connaissances rongent leur frein. Je mets au point une grille d’évaluation : attractivité du stand, compréhensibilité de la compétence à acquérir, pédagogie des explications, réussite ou non des apprenants. C’est un peu le monde à l’envers : j’ai l’impression d’inspecter mes élèves. Je suis à mon tour très impatient de voir mes attitudes se refléter dans les gestes que prendront mes élèves pour jouer aux professeurs.

Une chronique de Papalion

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