La liberté en toutes lettres

En partenariat avec Le Livre de Poche

Passionnés d’histoire, de littérature ou simple citoyen, nous sommes tous destinataires de ce recueil de lettres, estampillées du sceau de la liberté. Un an après les attentats contre Charlie Hebdo, la plume reste un symbole de résistance aux armes des fanatiques. C’est sous cet étendard que s’ouvre le recueil Lettres à la France, paru aux éditions Le Livre de Poche : « On a vu, après les attentats de janvier 2015, après ceux du 13 novembre 2015, comment une société démocratique, visée dans sa culture morale et civique, a choisi, par la présence publique, par le dire et l’écrit, de résister par les valeurs mêmes qui étaient massacrées à travers une jeunesse martyrisée. »

LettresAlaFrance

L’historien Vincent Duclert a panaché 47 lettres éclectiques dans un ouvrage polyphonique en hommage à la France. En effet, les voix les plus diverses s’unissent dans un poignant (r)appel aux valeurs de la France : les auteurs classiques (Voltaire, Victor Hugo, Émile Zola) jouxtent les chanteurs contemporains (Magyd Cherfi de Zebda ou Abd al Malik). S’expriment aussi les résistants français, les étrangers, les francophones, les politiciens, les artistes, bref, toutes les facettes d’une pluralité française se réclamant du fameux « esprit français ».

Si le concept peut, de prime abord, sembler simpliste, le recueil évite justement et avec brio cet écueil ! Loin de juxtaposer moult éloges stériles à la nation, il se propose d’alterner panégyriques émouvants et critiques constructives, souvent mêlés et nuancés, tout en alternant magistralement les points de vue. En effet, certaines lettres appellent à revisiter voire à se débarrasser des clichés éculés, des équations simplistes, des amalgames nuisibles. Ainsi, Jean Jaurès démontre qu’internationalisme et patriotisme ne sont pas antagonistes mais se concilient ; Ferdinand Buisson souligne la différence entre le patriotisme et le nationalisme ; Aimé Césaire s’insurge contre le colonialisme qu’il compare à un nazisme accepté car pratiqué sur les peuples non européens, il explique « comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur » ; Robert Badinter rappelle la primauté de la France dans l’abolition de la torture et de l’esclavage mais s’interroge sur la tardive abolition de la peine de mort ; Hubertine Auclert en 1879 et Cécile Brunschvicg en 1939 réclament le droit de vote des femmes au nom de la prétendue « égalité » prônée dans La Déclaration des droits de l’Homme ; Saïd Maïza fustige les grandes valeurs françaises « On connaît la France de par le Monde/Et des tas de peuples nous envient chaque seconde/Pourtant les valeurs qu’elle prône sont virtuelles/Soi-disant le pays des droits universels/Même si on est encore bien loin de conte de fées/Liberté, Égalité, Fraternité ». Par conséquent, l’ouvrage exhorte son lecteur à repenser les poncifs et les étiquettes dans une quête philosophique de la liberté de penser.

Penser pour panser les plaies de la Nation, c’est bien l’exercice de citoyenneté auquel invite ce livre.

Pistes pédagogiques :

  • La « Lettre à la France » d’Émile Zola se révèle fort utile pour l’explication de l’obscurantisme dans l’étude du siècle des Lumières. Il peut donc s’agir d’un texte écho intéressant en 2nde dans le cadre de l’objet d’étude « Genres et formes de l’argumentation : XVIIe et XVIIIe siècle ». On peut ainsi montrer la postérité du mouvement.
  • De nombreux textes du recueil correspondent à l’objet d’étude de 1re : « La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIe à nos jours ».
  • La lettre de Voltaire peut être envisagée dans l’étude de la notion de « censure » mais aussi sous le prisme de l’avantage de la culture littéraire et artistique. Un passage concerne d’ailleurs la défense du spectacle et du théâtre.
  • La poésie engagée n’est pas en reste : André Chénier, Rouget de Lisle, Anna de Noailles, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, peuvent faire l’objet de lectures analytiques. Quant aux chansons de Joséphine Baker, Jean Ferrat, Michel Polnareff et aux quelques textes de rap ou de slam, ils peuvent étoffer le dossier des documents complémentaires afin de permettre de riches résonances.

Et pour satisfaire la curiosité des professeurs et enrichir leur connaissance de l’histoire de la pédagogie, la lettre de Jean Zay, ministre de l’Éducation Nationale et résistant exécuté en 1944, fait le point sur les Instructions officielles de 1937. Un parallèle saisissant avec les directives actuelles !

Une chronique de Karel

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