Haro sur le bulletin ! À bas les notes ! Exeunt les classements !

Vous l’avez entendu, vu, on nous en martèle les oreilles, bientôt l’école fera peau neuve, et wooops les notes auront disparu. Bonjour, les couleurs, les smileys et autres distractions qui remplaceront les nombres qui font parfois si mal.

Qu’est-ce que ça va changer pour les enfants, les parents et les professeurs ? Y’a-t-il péril en la demeure ?

Allons-nous perdre statut, respect et autonomie dans nos classes à force de ne plus classer nos élèves, et de ne plus leur faire passer tests, contrôles, examens, bac et ces tas de trucs qui mettent la pression ?

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Démagogie : l’absence de notes ?

Ne pas noter ?

Bref, ne pas froisser. Ne pas confronter l’élève à ses difficultés qui fâchent.

Quelles sont-elles aujourd’hui ?

Multiples, exigeantes, déconcertantes, dysgraphiques et toutes les panoplies de –dys.

Mauvaise volonté à tous les étages pour certains. Mauvaise foi, même.

La note, bombe à retardement, à manier avec précaution…

C’est vrai qu’il vaut toujours mieux rendre les copies en fin d’heure pour ne pas voir un essaim d’élèves bourdonneurs fondre sur vous, qui vous réclament un point oublié ou une rectification de la mauvaise appréciation de leur travail… Bref beaucoup de bruit, montage de son et énervement garantis.

C’est quoi la note en fait ?

Ca sert à figer les connaissances et le savoir-faire des élèves à un instant T.

Combien de temps cette évaluation va-t-elle durer ? Deux trois semaines. Bref, c’est un travail de Sisyphe, roule ta boule de copies, corrige, évalue, rend, négocie, tiens bon, recommence…

Et pour l’élève ?

Passé le choc de la bonne ou de la mauvaise nouvelle ressurgit l’angoisse de ne pas faire aussi bien ou d’échouer encore. Cette angoisse peut grossir et être contre-productive.

Les questions qui fâchentg13-09.1227872852.thumbnail[1]

Faut-il mieux réussir sur une échelle sur 20 ou mesurer le savoir-faire ?

Je sais que cette question déchaîne des débats interminables et acharnés.

Du coup on s’interroge sur la façon dont on a appris. Mon meilleur souvenir c’est un bon point, rose en carton doux qui avait vécu et qui sentait le bureau de mon instituteur, professeur style IIIe République, blouse grise et règle en bois.

Ca m’a motivée et j’ai gravi petit à petit tous les échelons.

Aujourd’hui, les élèves semblent beaucoup moins sensibles à la note et ont relégué le bâton de la note du prof au second plan.

D’ailleurs comment savoir entre deux profs, un qui donne 10 notes et celui qui en donne 2, ce que la moyenne veut dire ?

La classe inversée : se lancer dans du nouveau. Céder à la mode?

La tête à l’envers ? Les repères perdus ou échangés ? C’est ce que j’ai lancé cette année avec 5 de mes classes (Seconde euro, Première euro, TS euro, Ts, et T LVA). Pour le préparer, il aura fallu un mois de travail à peu près, ça paraît beaucoup, mais ça vaut le coup. On peut facilement rectifier le tir et j’ai moins de travail à faire entre deux cours. La gestion de la séquence est plus aisée.

Mais pour quoi faire ?

Pour rassembler sur une plateforme canadienne, appelée Challengeu.com, le contenu que les élèves doivent voir avant de venir en cours.  Bien sûr, il faut une connexion internet à la maison ; parfois ça pose problème mais pas tant que ça.

Mais qui veut, peut…

En pratique, en anglais, des compétences (orales, écrites) facilement évaluables. Une boîte pour rendre les devoirs ; je peux suivre leurs progrès.

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Je donne des badges de tâches en classe, « Radio animators, tackk champion, Skype ambassador »… pour souligner leurs réussites. Cela valide leurs compétences et ils s’en servent pour aller plus loin et avoir d’autres responsabilités.

Résultats ? 

Je vais deux fois plus vite qu’avant et les élèves voient deux fois plus de choses étant donné la réduction des horaires d’enseignement au lycée.

Je me repose sur ce que j’ai proposé sur la plateforme ; j’ai par exemple enregistré des explications en « capsules vidéos » sur des textes difficiles ; je commente la nouvelle To Build a Fire de Jack London en français pour donner le contexte littéraire et historique de cette histoire, et les aider dans leur lecture.

Car cette nouvelle qui fait 20 pages, il faudra bien que les élèves la lisent. Grâce à cette plateforme, Je donne du temps aux timides, aux sérieux, aux avides, et aux curieux. Et en classe, je réactive les connaissances grâce aux élèves piliers, ceux qui font assidûment leurs activités sur la plateforme. Hier, les élèves se sont disposés en « cercle des piliers » et ont partagé avec leurs camarades. Il s’agissait des 12 élèves sur 19 qui avaient bien ajouté un commentaire audio à leur visionnage de vidéo sur une danseuse américaine http://edu.challengeu.com/#!m/BreEOp. (Il faudra sans doute s’inscrire pour voir le document)

Du coup les élèves écrivent, lisent, partagent, découvrent, creusent, prennent le temps de revoir ce qu’ils n’ont pas compris.

cutmypicCa y est, ma classe c’est un cercle.

Les cours se sont mis naturellement dans un cycle et c’est l’énergie des élèves qui l’alimente.

Les différentes intelligences sont sollicitées. Le cours rebondit et repart, et ce n’est plus que moi qui fais la leçon.

Mais alors, les notes, finies ?

Mais non, pas le choix. Mais petit à petit, les élèves se rendent compte que les apprentissages ont plus de valeur qu’une note ingrate, éphémère et étriquée.

Une chronique d’Amélie

Commentaires

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3 commentaires

  • Marcellus dit :

    Bonsoir,
    Exeunt, les notes… bientôt…
    A fortiori… exit le podium sportif, exit le classement en cross, exeunt les médailles de trois couleurs… Seul l’E.P.S. serait-il encore élitiste ?? Certains seront moins contents !

  • Christophe dit :

    Merci pour l’article, je suis content de voir que certains partagent mes idées. J’utilise aussi les badges en classe (avec des grades) et en collège, les élèves sont de suite motivés pour décrocher leur « diplôme », bien plus que pour une note dont la plupart sait bien qu’elle les classe, et qui parfois ressentent qu’un onze est une mauvaise note dans le classement de la classe.

    • amelie dit :

      Merci Christophe. Evaluer différemment n’est pas facile, mais c’est un parcours enrichissant. On teste on découvre, on change d’avis. Ca casse la routine mais c’est exaltant.

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