« En philo, on n’a pas de devoirs ? »

Après avoir fait un cours sur l’obligation morale, c’est-à-dire le devoir et la contrainte, un élève me pose cette question assez surprenante : « En philo, on n’a pas de devoirs ? »

DEVOIR, mot redoutable pour les élèves, depuis l’apprentissage de sa conjugaison (il a dû à l’imparfait mais qu’il dût à l’imparfait du subjonctif…) aux lourdes tâches que l’on doit faire avec beaucoup d’assiduité à la maison…. Devoirs scolaires bien difficiles et longs par l’usage du pluriel, qui sont parfois synonymes de punition, ou en tout cas de tâches fatigantes, pénibles et interminables tout au long de l’année. Même les devoirs de vacances nous renvoient à des pensums, à des sortes d’obstacles à, ce qui est pour tous, l’absolue liberté. Quant aux devoirs surveillés, synonymes de contrôles, évaluations ou interros écrites, ils ont pour effet d’évoquer à l’élève l’angoisse de la feuille blanche ou de l’incompétence.

Lire aussi l’article de Philippe Meirieu sur les Devoirs (à la maison) !

philo

Le devoir au sens moral, ne vient qu’après, lorsqu’on nous explique, en cours d’EMC, que l’on n’est pas contraint de les faire !

Quant aux professeurs, ils ont, depuis la naissance d’internet, abandonné pour la plupart les fameux devoirs à la maison, même si certains ont encore à cœur de faire travailler leurs protégés en toute autonomie.

Une question bien paradoxale que celle des devoirs à la maison :

Du coté des parents, qui n’a pas « participé » à la fameuse « dissert » de philo à rendre après les vacances ? Mais n’est-ce pas le même qui se plaint aussi, quand son fils/sa fille passe le week-end sur un devoir de maths pour lequel il ne peut pas l’aider (mais qui empêche toute la famille de partir à la campagne) ?

Du coté des professeurs, qui n’a pas affirmé en avoir assez de corriger « wiki », et cependant cherche toujours le sujet conforme aux exigences de l’examen – il faut bien que les élèves travaillent – sans qu’il soit recopié à 30 exemplaires de quelque annale corrigée ?

Quelles sont les stratégies possibles ?

  • Ne plus donner de devoir maison n’est pas le meilleur moyen, car cela réduit le temps des recherches personnelles, de réflexion et d’appropriation du cours.
  • On peut transformer des sujets que l’on trouve sur internet avec le risque de contresens, de mauvaises lectures, niant la spécificité de chaque sujet. J’ai parfois découpé différemment un texte et les élèves ne s’en sont pas aperçu, expliquant les passages manquants par exemple !
  • On peut travailler avec les élèves l’usage d’internet, par exemple en leur proposant de constituer une bibliographie de textes d’auteurs qui sera utile à la rédaction de leur devoir.
  • On peut proposer aux élèves un travail correspondant à un seul critère d’évaluation. Par exemple, ne demander que la problématique d’un sujet de dissertation, ou seulement l’argumentation d’un texte ; dans les corrigés complets et rédigés qui empêchent l’élève d’exercer son jugement, cela est souvent peu explicite. On peut aussi les faire travailler sur des variations possibles de point de départ d’un devoir (rédiger plusieurs débuts d’introduction…).
  • J’ai parfois proposé certains sujets originaux, de mon propre cru, voilà quelques exemples : Qui suis-je ? Qui est artiste ? Est-il raisonnable de désirer s’enrichir ? Pourquoi sommes-nous là ? Maintenant certains sont « corrigés » sur mon blog Philochar Élèves ! Et d’autres sites proposent de faire un corrigé immédiat contre monnaie sonnante et trébuchante !

Reste à expliquer aux élèves que sur internet, on ne trouve pas plus qu’ailleurs de corrigés, tout au plus des pistes de travail qui pourraient leur permettre de nourrir leur réflexion personnelle. Qu’est ce qu’un devoir ? Pour l’élève, un travail qui suppose de l’honnêteté intellectuelle, au sens moral, et correspond aussi à l’esprit même de la philosophie, c’est-à-dire penser par soi-même et avoir « le courage de se servir de son propre entendement ». Pour le professeur, un essai, un exercice qui demandera toute sa bienveillance lorsqu’il ne détectera aucune tricherie stérile.

Et vous comment faites vous avec le plagiat ? Avez vous renoncé aux devoirs ?

Une chronique de Florence

Commentaires

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5 commentaires

  • Tietie007 dit :

    En Lycée Pro, on en donne peu ou pas, car ils ne les font pas.

  • Steph dit :

    Encore un argument de plus en faveur de la classe inversée… 🙂
    Le « devoir » à faire à la maison étant en général le visionnage d’une vidéo explicative du cours. Les exercices seront fait en classe le lendemain en présence du professeur.

    Reste que selon le sujet du cours ou la matière enseignée, ça n’est pas toujours possible et il reste encore des apprentissages qui doivent être consolidés à la maison.

  • Sylvie Rambour dit :

    et pourquoi ne pas proposer aux élèves de travailler sur un sujet de philo publié sur Internet : vous choisissez le sujet, ils le corrigent en se mettant à la place du prof, lui mettent une note et ensuite proposent le sujet remanié pour améliorer la note…. c’est, à mon modeste avis de prof à la retraite, une bonne façon de les faire réfléchir sur la validité de ce qu’on trouve sur internet, ainsi que de ce qu’est un « bon » devoir de philo et donc d’acquérir les compétences pour mener une recherche sur Internet !

    • begel dit :

      Une démarche, un peu rusée je l’avoue, m’a donné l’occasion de réaliser cet exercice : j’ai, sans rien dire au élèves, publié deux sujets au choix dans la rubrique « devoirs » de mon blog, en notant « devoir 2 » (nous en avions fait 1 avec le compte rendu en classe). Ils ont trouvé les corrigés sur internet, choisi sans doute leur sujet et « appris » certains clichés que l’on trouve dans ces corrigés. Ils m’ont avoué avoir diffusé les sujets librement sur la page facebook de la classe (donc les 35 élèves ont eu accès au sujet comme s’il s’agissait d’une fuite…) la veille au soir. Bref, leur travail va consister à réfléchir sur la validité de ce que l’on trouve sur internet d’une part et à savoir utiliser ces renseignements pour construire une réflexion personnelle d’autre part. Je n’ai pas encore corrigé ces copies mais je ne pense pas trouver du copié/collé, et j’espère que leur copie sera de fait améliorée. Je pense que cela va dans le sens de ce que vous proposez et je vous remercie vivement de cette contribution de collègue, même en retraite, tout cela est précieux pour transmettre notre discipline !

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