Tranches de vie d’un TZR

TZR : Trouiller, zoner, râler ? Non, ce n’est pas ça mais ça pourrait. Car Titulaire Zone de Remplacement, c’est du stress, des déplacements et pas mal de galères techniques au quotidien, même si, dixit une collègue qui l’a longtemps été : « Ça fait des super profs car on a un max d’expérience » ! Expériences, plutôt d’ailleurs. Alors, TZR : souvenirs pour celui qui est en poste fixe ou nouvelle d’anticipation pour le collègue stagiaire qui lira ça ? Micro-roman réaliste pour le TZR, débutant ou de longue date ? 

TZR

Jour de la rentrée : la salle des profs

« Salut, tu vas bien ? » ; on se claque la bise, enfin pas à moi. Je suis seule, mon gobelet en plastique dans une main, mon portable cheap dans l’autre. Un peu poinçonneuse des Lilas sur les bords, la fille « qu’on croise et qu’on n’regarde pas ». Normal, on ne me connaît pas et c’est la même chanson (c’est le cas de le dire !), tous les ans depuis trois ans. J’ai pris l’habitude de ce petit moment de solitude dont je ne me désole plus. Note au lecteur : j’avais quand même eu la décence de saluer tout le monde en entrant dans la SDP et de me présenter : «  F…, TZR anglais ».

Jour de la rentrée (quelques minutes plus tard) : la plénière

Cette année, nous accueillons Mme Untel, TZR, qui se partage entre tel et tel établissement. Je me lève et me rassois. Le pro appelle Messieurs X, Madame Y et Madame Z qui ne sont pas là car ils sont dans leur établissement de rattachement. Moi aussi j’ai joué les femmes invisibles dans l’autre établissement où j’ai été appelée sans répondre…

Premiers jours

Inutile d’espérer trouver une salle avec tout qui marche car la salle la moins bien, c’est pour le nouveau, euh, la nouvelle enfin, moi. À moi la salle en chantier (ou plutôt l’annexe de Brico Dépôt), la salle non-équipée (quid de la compréhension orale prévue pour les élèves même si l’expérience m’a forcée à prévoir un plan B en cas d’avarie matérielle). À moi aussi la salle tout équipée, mais deux des quatre codes sont manquants pour me connecter au serveur me permettant, s’il est d’accord, d’y mettre une clé USB. À moi encore, tout qui fonctionne bien mais sans les enceintes car elles sont sous clé, la seule clé existant étant chez la prof « proprio » de la salle… Trouiller, zoner, râler, à la recherche d’une salle potable, d’un code, souvent une heure avant le cours pour finir par passer au plan B.

Première rencontre avec les élèves

Ma référence ? L’Instit. Les élèves tiquent toujours un peu et je ne voudrais pas passer pour une stagiaire (y’a pas d’âge pour l’être ou c’est mon syndrome de Peter Pan, angliciste oblige, qui ne me quitte pas !). Je suis toujours un peu obligée d’expliquer mon parcours en disant que j’arrive du Lycée Bidule et aussi du Lycée Pro Chouette. Je me dis que ça permet de rassurer un peu : oui, j’ai déjà eu votre niveau donc je sais de quoi ça cause. Et si on me demande pourquoi, là je sors mon laïus Gérard Klein : « Vous connaissez l’Instit, celui qui change d’école souvent ? Eh bien moi, c’est pareil, mais à l’année… Il y a très peu de postes fixes dans notre académie. Mais quand j’étais en région parisienne, j’en avais un. » Regard surpris et peut-être rassurés qui traduisent un : « Tiens, elle connaît le boulot, au moins un peu. »

Premières frustrations

« M’dame, on va partir en voyage avec vous ? ». Cette question m’énerve, pas que je ne veuille pas partir en voyage mais parce que je ne peux pas faire de projet à long terme. Alors, j’explique que je ne peux pas prévoir grand-chose car je ne suis là que pour l’année mais que je vais faire au mieux. Car ma plus grande satisfaction, c’est d’entendre en fin d’année : « Madame, vous partez où ? Car on aimerait bien continuer avec vous. » Et de recevoir un cadeau des collègues et de quitter tout ce monde en disant : « C’était ma meilleure année de prof ! »

Trouiller, Zoner, Râler… Mais pas tout le temps quand même !

Une chronique de Frédérique

Commentaires

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9 commentaires

  • Toutoutrien dit :

    J’aurai aimé être votre élève ou votre collègue.
    Vous avez du talent.
    Ecrivez à vos heures perdues, vous y gagnerez certainement.
    Vous avez un talent fou.
    Cordialement à vous.
    Tout ou Rien

  • Jacques dit :

    Bonjour Frédérique,
    J’ai beaucoup aimé votre chronique.
    C’est du réel, c’est du vécu. Je trouve que c’est désespérant. L’éducation nationale, c’est du grand n’importe quoi.
    En sortant D’Ecole Normale, j’avais 22 ans. Pour mon premier poste, aucune expérience, aucun savoir faire, les collègues, et le directeur m’ont laissé la classe la plus difficile.
    Ou ça passe où ça casse.
    J’étais tellement motivé avec mes 35 élèves ( 12? 13 et 14 ans) de Fin d’études 1 et fin d’études 2 que je me suis régalé.
    J’ai compris tout de suite, que si tu n’as pas la passion il vaut mieux garder des chèvres dans le Larzac.
    Le plus jeune et le dernier arrivé a toutes les galères.

    Bon courage à ceux et à celles qui commencent dans la profession.
    Ce sont les 25 premières années qui sont les plus difficiles…

  • Oriane dit :

    Bonne chronique mais on oublie les TZR de courte durée qui répètent inlassablement tous ces épisodes plusieurs fois dans l’année …
    Trouiller, râler, zoner … Mais pas tout le temps (heureusement) !

  • piquet dit :

    Bonjour,
    Professeur de lycée professionnel je m’ennuyais j’ai donc fait le nécessaire pour être certifiée d’histoire géographie . Le rectorat considérant mon année de stage comme une mutation j’ai perdu tout mes points c’est donc la 3ème année que je suis TZR à presque cinquante ans…Rien de grave me direz-vous attendez la suite…Lorsque je râle on me dit que c’est comme cela les débuts de carrière ( je suis prof depuis l’âge de 21/22 ans) , l’année dernière j’ai reçu mission de corriger le bac et de faire passer les oraux de rattrapage alors que je n’ai jamais enseigné en terminale là encore j’ai marqué mon désappointement en précisant que je n’avais jamais enseigné en terminale ES et cette fois-ci il m’a été répondu qu’avec l’ancienneté et l’expérience que j’avais cela ne posait aucun soucis. Alors suis-je très jeune et débutante ou « vieille » et pleine d’expérience?
    J’adore mon boulot mais quelle belle institution que la notre !!!

    • Notule dit :

      Moi aussi, 54 ans, et TZR depuis trois ans… et je ne m’en remets pas.
      Double peine à l’EN: lourde opération, un an et demi d’absence, et perte de mon poste fixe. Lorsque j’ai appris que je devenais TZR, on (syndicat + médecins rectorat) m’a « calmée » en me disant que ce serait moins fatigant car j’aurais moins à m’investir…
      J’étais censée avoir un poste « protégé », dans des établissements pas trop difficiles. Résultat: je suis affectée dans les pires classes et les pires collèges ou lycées, là où les collègues craquent… Là où, tel Zorro (mais un Zorro reconnu RQTH : travailleur handicapé), je dois intervenir et jongler entre une 6e pendant deux mois puis une Première, sans préparation, trois autres mois…
      Un gâchis humain et une véritable injustice.

  • Frédérique Frédérique dit :

    Bonsoir,
    C’est moi qui ait écrit la chronique (ma première pour le webzine). J’ai été ravie de lire vos commentaires, avis etc. Je suis prof certifiée mais pas que, je suis une vraie journaliste (je me suis formée quelques années après mon CAPES) et j’adore écrire, j’écris dès que je ne suis pas dans une classe… Je viens de découvrir le remplacement de courte durée la semaine dernière mais au sein de mon établissement, donc, la situation a été plus aisée. Je n’ai pas particulièrement abordé cet aspect parce que je le connais peu, mais je suis sûre que des collègues rompus à cet exercice répétitif pourront chroniquer sur leur expérience. A bientôt !

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