La rentrée : un outil de travail

La rentrée des enfants dans leur nouvel univers « classe » est un événement incontestablement important, prédominant même dans la vie d’une famille ordinaire. La classe sera-t-elle belle ? La maîtresse sera-t-elle gentille ? Les copains seront-ils dans la même classe ? Les premières questions émergent dès la fin du mois d’août dans la tête de chacun et l’impatience d’obtenir leurs réponses poussent les parents à accompagner leurs enfants jusqu’à la porte de l’école. Certains d’entre eux posent même généralement une journée de congé ou repoussent l’heure d’arrivée au bureau tel qu’ils l’auraient fait pour « enfant malade », avant de céder leur pouvoir à la nounou ou à papi/mamie pour le reste de l’année : cette journée, cet instant, ils ne peuvent passer à côté !

C’est avec la même impatience que les parents retrouveront le soir leur petit chérubin adoré afin de recueillir rapidement les premières impressions qui détermineront globalement le profil de l’année : agréable, stressante, fatigante, cool…

C’est incontestable, la rentrée est un événement : un événement annuel, reconductible, familial et anxiogène qu’il ne faut surtout pas louper !

C’est dans ce contexte que la RENTREE devient alors un outil de travail extraordinaire.

Cet « outil rentrée » offre des caractéristiques particulières qu’il est rare de retrouver ou reproduire au cours d’une année et il faut savoir saisir cet instant privilégié pour énergiser et baliser le reste de son année.

Voici quelques conseils que je me permets de vous partager : ils sont issus de constats établis à l’issue de l’analyse de mes 16 rentrées d’école écoulées.

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LA NOUVEAUTE/ l’observation :

  • Une nouvelle classe, un nouveau local, de nouveaux affichages : la nouveauté crée un sentiment de découverte qui doit permettre de susciter l’envie, la curiosité et le confort dans l’esprit de l’élève = donnez-lui envie de revenir demain…

    Jouez la surprise, jouez la nouveauté, si votre classe reste identique à celle des années passées, bougez un meuble, changez une peinture, placez un nouvel objet décoratif particulier, bougez le sens des tables, surprenez-les, restructurez-vous autrement. La nouveauté fait respirer et évite d’avoir l’impression de continuer avec juste une « coupure de deux mois » : cette nouvelle année commence avec de nouveaux enfants, dans un lieu nouveau avec un regard nouveau.

  • Une arrivée « neuve » d’un groupe d’enfants en formation « classe » : chacun va chercher sa place (au sens propre et figuré), c’est le temps de la distribution des rôles et votre intervention est plus que nécessaire pour tempérer ou orienter les enfants.

Laissez-les s’installer où bon leur semble dans un premier temps : en un clin d’œil se formeront les groupes ou binômes à surtout éviter le reste de l’année : les bavards s’acoquinent très vite, les timides cherchent les places discrètes, les enfants peu confiants se placeront plutôt au premier rang, l’éloignement du maître leur faisant peur… Prenez le temps d’observer ce systématique bal des enfants pour noter dans votre tête ou sur un carnet le profil de vos élèves. Ainsi vous pourrez dans un avenir proche mieux déterminer la place de chacun pour son confort de travail.

  • Dès le premier jour, il est indispensable de réguler les relations : calmer les bavards, limiter les envahissants, valoriser les timides, rassurer les peureux. De votre attitude première dépendra le taux de « confiance » et « respect » de vos élèves envers vous.

Utilisez la voix (sans crier surtout), pensez à vous faire assister d’une clochette (pour demander le silence avant explication), d’un bol tibétain (ça, c’est extraordinaire s’il est bien utilisé). Ponctuez la journée de marques d’encouragement (le bon-point par exemple), de sourires, de regards apaisants. Assurez-vous d’avoir au moins parlé une fois à chaque enfant dans la journée.

LES REGLES, les repères :

  • Ce que vous montrez et installez au premier jour est pris pour « acquis » par les élèves pour le reste de l’année alors bon courage si vous les laissez faire comme ils veulent à la rentrée ! N’oubliez pas, la rentrée est un OUTIL de TRAVAIL annuel qu’il ne faut pas gâcher.
  • Se ranger : prenez du temps, recommencez jusqu’à ce que les rangs soient parfaits ! Les enfants se rangent en moyenne 4 à 5 fois par jour. Préférez donc sacrifier 10 minutes le premier jour plutôt que d’en perdre 3 à chaque fois qu’ils se rangent… le calcul est vite fait ! 😉

  • Lever le doigt : n’écoutez que ceux qui lèvent le doigt, levez vous-même le doigt sans rien dire face à l’enfant qui ne l’a pas fait (moi je claque les doigts en plus pour faire l’effet « tilt »). Rouspéter, punir et crier ne servent à rien, le mime ou l’ignorance sont bien plus efficaces.

  • Ecouter : ne parlez que lorsque l’ensemble des élèves fait silence. Si vous acceptez de parler dans le bruit, ils ne comprendront pas le jour où vous vous fâcherez.

  • Sécuriser : intervenez dans l’immédiat et en haussant la voix lorsque l’élève est dangereux ou utilise de manière dangereuse un objet (ciseaux). Dites STOP d’un ton très ferme (le NON ne permet pas un arrêt immédiat des faits) pour faire cesser l’action. Soyez ferme et sensibilisez l’ensemble des élèves sur le « ce qui aurait pu se passer ».

  • Obéir : allez au bout de votre demande sans accepter qu’un élève n’en fasse qu’à sa tête. S’il le faut, demandez à l’enfant de « se calmer » sur une chaise à part du groupe. Souvent l’enfant désobéit parce qu’il se sent « fort » dans un groupe mais lorsqu’il se retrouve seul face à l’adulte… Utilisez donc les yeux en face à face pour dialoguer avec l’enfant désobéissant : regarde-moi dans les yeux … Expliquez lui que « ça vous met en colère », que « vous n’aimez pas son comportement »… et dites-lui ce que vous souhaitez « j’aimerais que tu… ». N’hésitez-pas à récompenser les élèves qui obéissent (bon-point…).

  • Rire/se détendre : montrez aussi que vous pouvez être strict(e) tout en sachant rire et passer des moments agréables.

LA PRODUCTION :

  • Les premiers travaux d’élèves ne seront pas forcément très « assurés » après deux mois de vacances (ont-ils seulement utilisé un crayon et du papier ?).

Préférez commencer par des activités de reprise en main (dessin, écriture sur brouillon ou ardoise…) dans un tout premier temps avant de passer aux productions sur cahier.

Soyez exigeant dans la qualité de la production. Sans dramatiser, proposez de recommencer dès les premiers « loupés » en expliquant que ce n’est pas ce que vous attendez en termes de qualité et en encourageant l’élève : soyez persuadé qu’il sait faire beaucoup mieux.

*

Même si la rentrée scolaire est une forme d’épreuve pour l’enseignant (car en plus d’amener à un état d’excitation cérébrale, elle prive celui-ci d’assister à la rentrée de sa propre progéniture…), ne prenez surtout pas la rentrée comme un « jour perdu ». Il est, au contraire, un jour où l’on gagne beaucoup !

Une chronique de Claire Maurage

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