J’ai mon emploi du temps !

Chaque année, la découverte de la feuille de route qui va guider le déroulement des semaines de scolarité est l’une des surprises de la rentrée scolaire : quelles classes ? combien d’heures ? quelles plages de liberté ? les vœux que j’avais exprimés à la fin de l’année scolaire précédente ont-ils été pris au moins partiellement en compte ? Aussitôt, la réflexion se met en branle : le périscolaire, les activités enfants et adultes, comment les intégrer dans ce nouveau planning et sont – elles compatibles avec ?

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Et puis vient le moment fatidique où inconscient que je suis, je le montre à mon entourage pas toujours au fait du métier d’enseignant : c’est tout ? t’as pas beaucoup d’heures ! tu ne bosses pas le mercredi ? j’aimerais bien, c’est pratique pour garder les enfants ; le soir, tu quittes tôt cela t’évite les embouteillages et les transports en commun bondés ! moi je fais en un an ce que tu fais en deux (celle là, je la tiens d’un garçon de café), le jeudi après midi c’est toutes les deux semaines ? mais c’est vraiment cool ton boulot, etc.

Mince, j’aurais encore dû le garder pour moi et ne pas le montrer car chaque année, ce sont les mêmes remarques qui me sont faites, et ces dernières années elles s’amplifient compte tenu des difficultés liées à l’emploi. J’imagines que pour cette rentrée, je vais atteindre le rubicon, me lancer dans une entreprise très hasardeuse si je le laisse traîner à la vue de tout le monde : les critiques sur les 35 heures (qui ne correspondent même pas à mon emploi du temps !) et la polémique sur le travail du dimanche risquent de me mettre au ban des travailleurs.

A vous qui êtes enseignants, je vais quand même le montrer, puisque nous sommes entre nous et que bien que nous intervenions tous à des niveaux différents du système éducatif, nous décryptons ce type de document d’une façon différente. Voici mon emploi du temps pour cette nouvelle année scolaire :

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Ce document, c’est ce que j’appelle mon emploi du temps virtuel : il correspond à 19 heures hebdomadaire de présence auprès des élèves si l’on tient compte de l’aide personnalisée qui n’a lieu que tous les quinze jours.

Cela correspond à un service majoré de quelques heures supplémentaires puisque je suis agrégé. Dix neuf heures et en plus certaines sont des heures supplémentaires !!

Je vous propose maintenant un second document qui représente mon emploi du temps réel, celui auquel j’ai réfléchi pour planifier correctement mes semaines…Préparer mes cours et corriger mes copies

Je vous le soumets aussi…

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Alors, faisons quelques constats qui me semblent nécessaires pour éclaircir toutes ces discussions médiatiques qui consistent à comparer le temps de travail des différentes catégories professionnelles.

Je ne travaille pas le dimanche, pourtant, je partage parfois le travail du samedi matin avec le dimanche matin : pour quoi faire ? le lundi est une journée assez chargée (du moins pour un prof. !) : 2 heures de cours dans une classe de terminale le matin et 2x1h50 de TP dans une classe de seconde l’après midi : cela se prépare.
Je m’efforce le mercredi après midi de corriger et préparer la deuxième partie de la semaine ; je consacre plusieurs heures le soir à des relectures, corrections et finalisation de mes préparations. Globalement, j’arrive à peu près à trente cinq heures de travail effectives, et encore, je me considère, compte tenu de mon ancienneté, comme un prof. expérimenté.

Voilà, un constat non polémique, mais qui a pour seul objectif de clarifier une situation systématiquement remise sur le tapis à chaque rentrée et qui exprime le fait que chaque catégorie socio-professionnelle a ses contraintes, ses modes de fonctionnement qui font que le sacro-saint nombre d’heures hebdomadaires n’est pas toujours facilement perceptible à ceux qui n’y sont pas impliqués : je me garderai bien de commenter l’emploi du temps réel d’un personnel de santé dont l’emploi du temps virtuel ne prendrait en compte que le temps passé au chevet des malades ou celui d’un artisan qui ne prendrait en compte que le temps passé sur un chantier…
Allez bonne rentrée à tous, travaillez bien !

Une chronique d’Eric

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7 commentaires

  • Eyraud-Aubert Geneviève dit :

    Après avoir lu cet article , je viens ajouter que pendant les vacances , également , les copies sont nos compagnes et qu’elles  » occupent  » le correcteur pendant le temps de repos ! Pour ma dernière année , j’ai des classes chargées , en lycée d’enseignement général , ce qui va amplifier le temps passé avec le stylo rouge .

  • Sylvie BG dit :

    Et tu n’as pas rajouté les réunions en soirée, les conseils de classe etc …

  • Nathalie S. dit :

    N’oublions pas non plus qu’il faut remplir le cahier de textes, rentrer nos notes, lire les informations et autres mails qui inondent notre messagerie professionnelle, voir certains élèves sur le temps de la récréation et j’en passe…

  • Audrey dit :

    Et à tout ça, il faut rajouter des heures de formation désormais imposées pendant les vacances pour mettre en route la réforme du collège… GRRrr

  • Pierre dit :

    Quand je serai grand, je ferai présentateur du JT… Ils ne bossent qu’1/2h par jour non ? (et je ne parle pas du salaire)… 😉

  • Kristen Kristen dit :

    De mon côté, je te tire mon chapeau si tu arrives à ne pas déborder de ce que tu as planifié. Car quand on termine plus tôt ou commence plus tard, on attend aussi de nous que l’on s’occupe des enfants. C’est autant de temps qu’il faut décaler sur nos soirées et nos dimanches. Perso, j’ai l’impression de toujours être la tête dans le boulot.
    Bon courage à tous pour cette nouvelle année.

  • Nicolas dit :

    Etant fils de parents salariés ayant connu le chômage (pendant 2 ans, donc bye bye les aides), je ne vois pas mes parents le soir. Certes je suis en CPGE scientifique ce qui me laisse peu de temps, mais ils ne sont pas là. Je m’occupe donc de mon petit frère au collège. Je me rend compte de la charge de travail des professeurs de classe prépa (au moins) car ils sont toujours derrière nous et très investis. Mais, il y a une chose dont vous ne vous vous rendez pas compte ou du moins que vous n’admettez jamais hors de votre cercle professionnel, c’est que vous avez la sécurité absolue de l’emplois, ce qui est actuellement la chose la plus importante dans ce cruel monde du travail (Mon père au chômage ex-directeur de magasin). De plus certes vous pouvez travailler beaucoup par semaine en atteignant les 40 heures, mais ma mère travaille dans le médico-social en tant qu’éducateur spécialisé pour personnes atteinte de déficiences/troubles/retards mentaux ultra-dépendant (elle est affectée sur l’unité des « cas »). La semaine dernière; une collège à l’hôpital pour une crise. Bilan environ 50 heures hebdomadaire. (Nous ne la voyons pas beaucoup car oui elle travaille le samedi et le dimanche). 9 ans d’études (trois licences), 21 ans d’ancienneté, salaire brut inférieur à un professeur du secondaire avec 10 ans d’ancienneté. Sympa. Elle a choisi cette voix par vocation, et ne s’en plaint pas (hormis qu’elle est désolée de ne pas être trop là). Mais maintenant elle est las, fatiguée: 46 ans, retraite à taux plein à ce rythme pour 72 ans; encore plus sympa. Mais bon, vous ne connaissez pas ça, ni les astreintes occasionnées par le fait d’être cadre, comme la était mon père. Ce dont je me souvient de son ancien boulot, c’est les levés à 3h du matin pour aller au magasin car l’alarme avait sonnée. J’avais 6 ans, mon père avait peur pour moi car si il y avait un potentiel intrus … (ma mère faisait des nuits à l’époque). Voilà j’ai à peu près fais le tour, mais j’aurais tellement d’autre choses à dire, j’ai fais mon exhaustive liste comme vous, certes personnelle et atypique, mais n’oubliez pas que vous êtes pas si mal lotis et qu’il peut, pardon, qu’il y a pire que votre confortable situation. Bien sur vous avez assurément plus de contrainte que certains autres métiers, mais nous vous retenons dans nos esprits car vous êtes les seuls avec la sécurité de l’emplois (là j’englobe avec les fonctionnaires territoriaux). J’espère que vous pouvez comprendre mon incompréhension à votre incompréhension de votre situation par rapport aux salariés privés. je vous remercie d’avoir lu, et ne prenez pas cela comme une attaque à votre profession, car je ne serais jamais assez redevable à l’éducation, qui forme le citoyen et l’intellect de demain. Merci pour tout.

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