Professeur principal de 6e… et nouveau parent d’élève

L’approche de la rentrée scolaire fait remonter certaines angoisses chez nous, professeurs principaux débutants, mais aussi… nouveaux parents d’élèves.

L’année dernière, j’avais coché, sur la sacro-sainte fiche de vœux, la case « vous souhaitez être professeur principal d’une classe cette année », pleine d’enthousiasme mais aussi emplie de crainte devant l’inconnu (c’était ma toute première fois). En cette fin de mois de juin, épuisée mais ravie d’avoir « survécu » à ma classe de 3e, je n’avais pensé qu’à moi ! En effet, je n’avais pas intégré dans cette équation mon petit garçon de trois ans passé, qui devait lui aussi faire sa première rentrée !

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Cruel dilemme que celui d’être professeur principal d’une classe de 6e (précisons : de 6e avec parents angoissés et désireux de faire une première rencontre apaisante avec l’interlocuteur privilégié de cette année charnière) et parent d’un élève de petite section (également angoissé et désireux de trouver sur le visage du maître un soupçon de bienveillance afin d’oublier une culpabilité grandissante). Que faire le jour de la rentrée ? Se dédoubler ? Qui privilégier ?

Deux longs mois au rythme des vacances m’avaient fait oublier cette équation douloureuse. Ce ne fut que le jour de la pré-rentrée que tomba le couperet : sur le tableau numérique, j’aperçus mon nom en face de la case « professeur principal de 6e4. » Je vis défiler ma vie entière : j’allais louper la première rentrée scolaire de mon fils et il en serait marqué à vie (je dramatise à peine).

Même la vue d’un emploi du temps qui me laissait du temps libre ne me réconforta pas. Après les pleurs et les lamentations, je décidai d’agir en adulte et en professionnelle et d’en toucher un mot au principal adjoint, qui se montra compréhensif (je l’aurais bien embrassé, mais c’est moins professionnel). Il me rassura : « oui, oui, je serai libérée de neuf heures à dix heures et quart pour être auprès de mon fils pour sa rentrée en maternelle. Un assistant d’éducation sera chargé des premières formalités. »

Je fus soulagée, du moins jusqu’au lendemain ! 8 heures 45 minutes, cartable sur le dos, main dans la main de papa-maman, la grille de l’école ouvre ses portes. Je pense à mes « pauvres petits 6e perdus sans leur professeur principal », sans rien laisser transparaître pour papa et fiston qui sont déjà assez sur les nerfs. C’est alors que nous entrons. Et là, Ô désespoir : une vingtaine de petits dans la plus grande des détresse lancent des regards de cockers à des parents au bord du gouffre. Je respire à fond et essaie de gérer, ayant toujours dans la tête le chrono qui défile et mes collégiens orphelins.

Enfin, quand mon petit bout accepte enfin de mettre un pied dans sa classe, je m’éclipse et saute dans ma voiture, essuyant une larme. En direction du collège, l’œil rivé sur l’horloge de mon téléphone je n’ai qu’une seule obsession : en retard, le souffle court et la mèche folle (à force d’avoir couru), que vais-je bien pouvoir dire à mes petits élèves ? Ils m’en veulent c’est sûr ! Ils vont me détester. Je suis en train de gâcher leur année d’adaptation.

Une vingtaine de minutes plus tard, me voilà devant la porte de « ma » salle de classe. J’annonce mon arrivée en donnant trois coups secs sur la porte, je l’ouvre. Vingt-trois paires d’yeux me fixent. Un silence. L’assistant d’éducation me présente (mon sauveur!). Avec un grand sourire, je lance : « Veuillez excuser mon retard mais quelqu’un qui m’est cher faisait aussi sa première rentrée. Vous voyez, vous n’êtes pas les seuls ! » Le contact est passé, ils me regardent avec bienveillance.
C’est ainsi que je me suis retrouvée à la place d’un élève, qui arrive en retard le jour même de la rentrée, et qui doit s’excuser platement.

Alors, le mardi 1er septembre, ayons une pensée pour tous les P.P. de 6e et nouveaux parents d’élèves qui se reconnaîtront peut-être dans cette chronique. Quant à moi, il se peut bien que je renouvelle l’expérience cette année : mon fils fait sa seconde rentrée et je suis professeur de deux classes de 6e. Croisons les doigts !

Une chronique de Marine Vendrisse, wonder woman de la rentrée.

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