Comment vous appellent-ils ?

Il est une question, à laquelle personne n’échappe au début de sa carrière et qui n’est finalement pas si anodine que ça… Elle s’impose brusquement au stagiaire qui arrive pour la première fois devant ses élèves, elle le tenaille parfois toute la nuit le séparant de sa première rentrée : comment vais-je les interpeller ? Dois-je les vouvoyer pour assurer mon autorité, puis-je les tutoyer pour être plus proche d’eux ou simplement vais-je le faire comme je le ressens ??? Qu’y a-t-il de mieux ? Bien plus sûrement le dernier choix, celui qui nous rend finalement plus à l’aise dans nos rapports avec l’élève, un adulte clairement positionné dans sa relation aux autres…

tu-vous

Et eux, comment doivent-ils me parler ? Me vouvoyer pour renforcer mon autorité, me tutoyer pour être un peu plus proche de moi ou enfin, comme ils préfèrent ?

Là par contre c’est plutôt de notre responsabilité d’établir le cadre, mais tout le monde n’a pas besoin d’artifice de langage pour assurer son autorité…

Au final tout est possible : le « vous » pour les élèves et le « vous » pour le prof, le « tu » pour le prof comme pour l’élève, le « vous » pour son prof et le « tu » pour ses élèves (pour ma part c’est ce que j’ai choisi)…

Et puis on peut choisir de les appeler par leur nom ou par leur prénom.

Quand on mélange avec les « vous » et les « tu » cela peut donner des choses bizarres par exemple tutoyer tout en appelant par son nom : là ça donne un côté très militaire en pratique ! « THOMAS tu me ferras 30 pompes ». De bon souvenirs tout ça… Bon d’accord, j’arrête de faire l’ancien combattant.

« Tu », « Vous », « Nom » « Prénom » , « Monsieur », « Madame », c’est finalement assez classique et ça ne fait que quelques possibilités, mais pour les élèves ce n’est pas suffisant…

Peut-être vous appellent-ils « m’sieur » ou « m’dame », voir « maître » ou « maîtresse », dans le contexte de la classe c’est finalement cohérent, mais parfois leurs langues « fourches » :

  • Combien de fois m’a-t-on appelé Madame, je ne m’en suis jamais offusqué, surtout quand ils sortaient d’une heure ou deux de cours avec une collègue. Par la suite j’ai pris le parti d’en sourire en répondant un « oui Mademoiselle », lorsque c’est un garçon, on obtient vite « au pardon m’sieur » (Nota Bene : si c’est une fille penser à transposer « Monsieur » à la place de « Mademoiselle »).
  • Bien sûr avec les sixièmes on entend assez fréquemment « maître » en début d’année… Je trouve finalement ça flatteur : je m’imagine alors en tenue de samouraï, une longue barbe blanche sur le menton, avec mon jeune apprenti. « Appelle-moi « sensei  » jeune padawane » !
  • Quelques fois aussi on entend un bref et limpide « papa » alors vite je me retourne vers l’élève, je prends un air inquiet et le doigt sur la bouche je lui réplique « chut malheureux, ça va se savoir », puis un petit clin d’œil suffit et le malaise, qui peut l’étreindre quand il se rend compte de son erreur, se dissipe. Parfois c’est vrai que pour certains élèves c’est l’expression d’un lien fort avec son prof, mais bien souvent c’est plutôt un réflexe malencontreux.
  • Bon je passe sur les « maman », là je n’ai pas encore trouvé quoi répondre (mais je cherche, faites-moi confiance). D’autant que je suis loin de représenter « une figure maternelle ».

Rassurez-vous, à la maison c’est l’inverse, les enfants appellent parfois leurs parents « maître » ou « maîtresse ».

  • je passe aussi sur les «  » ou les claquements de doigts : là, je fais une remarque cinglante à propos des garçons de café.

Mais bon, je dois avouer que je leur rends bien ces quelques égarements.

Combien de fois ai-je appelé un élève par le prénom de son frère. Vous savez : le « bon » ; celui qui vous a marqué pour longtemps, 4 ans auparavant. Confusion à laquelle pourtant je m’efforce de faire très attention dans les bulletins et les rencontres avec les parents : surtout ne pas le comparer avec son aîné, c’est parfois si difficile à vivre.

Ou pire encore : l’appeler par un autre prénom sans aucun rapport mais qui, peut-être inconsciemment, me semblait plus approprié…

Bien sûr lorsque je m’en rends compte, je m’en excuse aussitôt, mais ce qui au final est important, c’est que, quelque soit la façon dont on s’appelle et s’interpelle, ce soit toujours l’expression d’un profond respect pour la personne avec qui l’on parle….

Et vous comment vous appellent-ils ?

 

Une chronique de Damien THOMAS

(mais appelez-moi                       □ « MONSIEUR » si vous êtes un élève ou un IPR,

□ « Damien », si vous êtes un collègue,

          □ « Papa » si vous êtes l’un des mes enfants).

Commentaires

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7 commentaires

  • Les vacances sont dans les esprits déjà, aussi te dirai-je que c’est simple : puisque les élèves sont plusieurs, le professeur leur dit « vous », le professeur étant seul, les élèves lui disent « tu ».
    C’est plus simple que d’utiliser la troisième personne pour tout le monde :
    « Monsieur a-t-il apprécié nos travaux ou n’a-t-il pas eu le temps de les corriger ?
    —  Mademoiselle aurait-elle oublié que je dois voir Madame sa mère ce soir ? »
    Et maintenant, comme je suis à la retraite, je retourne dans mon jardin…

  • Mathias Schmitt dit :

    Étant professeur des écoles, je commence l’année par une présentation complète « bonjour je m’appelle Mathias Schmitt et je serais votre maître (terme encore majoritaire en primaire) pour cette année », et je laisse faire les choses.
    Naturellement le « maître » et le « tu » l’emporte.
    Cette année par contre j’ai été sur un poste en itep avec des élèves de 8 à 18 ans. Même technique. Le « vous » arrive a partir des collégiens même s’il est arrivé que dans un groupe de 2 élèves de 17 ans l’un me tutoie et l’autre me vouvoie.
    Le vouvoiement facteur d’autorité et de respect ? En général j’aurais tendance a dire non.
    L’autorité du professeur…vaste sujet! J’essaye de pondre une chronique dessus rapidement.

  • Corine Rochesson dit :

    Ici au Caire, dans les établissements francophones, on appelle le prof par son prénom MAIS attention : précédé de madame ou de monsieur, ce qui ne manque pas de piquant quand on arrive de France, surtout pour les dames !
    (Je n’ai toujours pas eu de collègue appelée Claude !!!)
    Le tutoiement du prof envers ses élèves est la règle, réflexe influencé par la langue arabe parlée qui, bien que possédant le vous, est peu utilisé par la population.
    Les francophones passent de l’un à l’autre en permanence ce qu’il donne des phrases du genre :
    « – Monsieur Jean, vous pourrez venir lundi ? Tu pourras le faire ? Tu es d’accord, monsieur Jean ? »
    C’est acrobatique, et amusant, même si à la longue, malgré nos demandes de choisir l’une ou l’autre formule, c’est un petit peu décevant de constater que nos explications, forcément « savantes » ne servent à rien… !

    Bonne fin de mois de juin à toutes et tous.
    (Ici, les cours se sont achevés fin avril…. ! Mais c’est un autre sujet !)
    Madame Corine.

    • Damien Thomas Damien Thomas dit :

      bonjour Corinne,

      je suis aussi prof en DNL espagnol, et même s’il existe, le vouvoiement est très peu employé en espagnol, alors se faire vouvoyer par les élèves ça me semble toujours artificiel mais comme ils sont français c’est vrai que je le demande….. Mais quand il y a un « tu » qui sors de manière impromptue, je ne m’en offusque pas…

  • alain l. dit :

    Boujour Damien …
    Pour ma part je termine ma carrière en IME , le tutoiement réciproque a toujours été la « règle » avec mes élèves en situation de handicaap … sans difficultés pour maintenir la nécessaire distance ( contrairement aux éducateurs (trices) qui jouent parfois un rôle de substitut parental … ) entre enseignant et élève …
    Je te rejoins tout à fait quand tu écris:
     » Ce qui au final est important, c’est que, quelque soit la façon dont on s’appelle et s’interpelle, ce soit toujours l’expression d’un profond respect pour la personne avec qui l’on parle….  »

    c@t
    alain l.

    • Damien Thomas Damien Thomas dit :

      bonjour Alain,

      j’ai eu moi aussi des élèves d’IME une année, ils venaient avec plaisir dans mes cours de SVT et venaient me prendre ou me toucher la main dans la cour dès qu’ils m’apercevaient (étonnant quand on pense que certains avaient l’âge d’être en 3°)….. Pour eux évidemment, pas de souci, j’acceptai sans peine le tutoiement…

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