Ce soir, j’ai conseil de classe

Vendredi 19h15, conseil de classe de la 5ème3. Celui-ci sonne le glas de l’année scolaire, clôturant le 3ème trimestre. Le moment de voir si les efforts promis ont été réalisés, si les vœux d’orientation seront exaucés, si les promesses et les bonnes résolutions ont été tenues. Il rythme l’année scolaire, la saucissonne. Un rendez-vous incontournable. Côté élève, on le redoute ou on l’attend, on feint de minimiser son importance mais on le craint toujours un peu quand même. Une fois terminé, c’est la délivrance ou presque. «T’as eu des félicitations ce trimestre ? », « tu passes en 4ème ? », « tu t’es fait tuer ? ». Il mobilise du monde, de l’énergie, du temps. Et au final, est-il vraiment utile ?

conseil

La séance est ouverte. L’incontournable tour de table. Les sempiternels refrains : les résultats ont baissé. Qu’est-ce qu’ils sont bavards ! Ils sont motivés en classe mais ne travaillent absolument pas à la maison. Les résultats sont décevants depuis l’arrivée des beaux jours, heureusement qu’il n’y a pas de quatrième trimestre ! Ensuite, on passe au cas par cas. Le professeur principal a le plus souvent préparé les synthèses de chaque élève. A la lecture des bilans, les uns opinent en guise d’assentiment. Un collègue propose de mettre un très devant le pénible. Peu de réaction. Çà et là, on lit quelques remarques. A bien y regarder, grande banalité en général que nos appréciations dans les bulletins. « Travail qui manque d’approfondissement », « bilan convenable, sans plus », « fais des efforts mais a des difficultés et des lacunes ». Et après ? Certains tentent de personnaliser davantage et d’être plus explicites. Mais la case est petite et le nombre de caractères limité. Si le tableau d’honneur est toujours d’actualité, les esprits s’échauffent parfois autour d’un retrait ou pas de félicitations, d’une attribution ou non des encouragements. Avertissements travail ou conduite ont été supprimés, aucun impact. Avec l’arrivée du numérique, on projette courbes, graphiques en barre ou une version – araignée. On décortique des flèches qui montent ou qui descendent. L’analyse devient parfois technique, aux dépends d’échanges et de discussions sur l’élève qui se trouve résumé à une moyenne, une courbe, une flèche.

On s’y ennuie globalement à ces conseils de classe. On fait acte de présence. L’institution le demande. Pas le temps d’épiloguer. Il y a un autre conseil derrière et il ne faut pas prendre de retard. Course contre la montre pour le professeur principal qui anime la séance. Mais pour quelle finalité ? Mieux connaître ses élèves qui peuvent se montrer sous des jours très différents selon les matières, les collègues ou les heures de la journée ? On peut toujours aller lire les remarques des autres sur le logiciel pour se faire une idée sur un individu. Le paradoxe : on parle des élèves, de leurs parents mais ils ne sont pas là. De l’impérieuse nécessité de changer la formule. D’imaginer un système mixte entre la réunion parents-professeurs (pendant laquelle on ne voit pas forcément les parents des élèves qu’on voudrait voir) et le conseil de classe, cercle très fermé où on parle d’intéressés qui ne sont pas présents. Pas question de transformer le conseil en tribunal où chaque parent serait convoqué avec son enfant et passerait sous le feu des projecteurs de l’équipe pédagogique. Il n’empêche que la formule est à repenser. Il y a urgence.

La question de la place des représentants se pose. Les délégués – élèves. Leur préoccupation principale : noter les moyennes générales. Ils sont censés représenter la classe et être des porte-parole. Souvent, ils sont bridés. Ils évoquent le papier toilette qui manque, le souhait d’avoir du ketchup avec les frites à la cantine. On leur rétorque que ce n’est pas le lieu ni le moment de parler de cela. Soit. Mais au passage, où et quand peuvent-ils en parler ? Eux ont juste fait la synthèse des préoccupations de leurs camarades en préparant le conseil en heure de vie de classe. S’ils disent qu’il y a trop de bruit dans la classe et qu’on ne peut donc pas bien travailler, on leur répond souvent qu’ils n’ont qu’à se taire. Le bazar en cours d’Histoire – Géo ? Pas à évoquer au conseil, il faut voir le prof en direct. Alors, on parle de quoi ? Quant aux deux délégués, qui en début d’année se sont sacrifiés car personne ne voulait se présenter et qu’on leur a dit que ce serait terrible s’ils n’avaient pas de représentants. Quand vient leur tour, ils sont la plupart du temps interpellés en tant qu’élève, on les questionne sur la baisse de leurs résultats ou on les félicite pour leurs progrès, directement. Pas simple pour un élève de réagir devant une assemblée d’adultes. Et pas normal d’être apostrophé sur ses propres résultats alors qu’on est censé représenter une classe. Mélange, confusion des rôles.

Et les délégués – parents ? Leur sort n’est guère plus enviable. Certains sont là pour leur enfant. D’autres font plusieurs classes car la mission n’attire guère les foules et beaucoup de classes sont sans représentants. Ils ont distillé des questionnaires mais ont obtenu seulement quelques retours. Les mêmes demandes, les mêmes remarques de trimestre en trimestre (le poids des sacs, le prof absent et non remplacé, les devoirs trop nombreux le mardi soir). Et les mêmes réponses aussi.

Après le conseil, la remise des bulletins. Ils ne sont plus que rarement envoyés par la poste. Restriction budgétaire oblige. Au mieux, ils sont distribués lors d’une réunion parents-profs. Le plus souvent, ils sont donnés en main propre à l’élève qui le transmet à ses parents. Le plus tard possible pour certains. Et après, qu’en faire de ce bulletin ? Comment l’exploiter ? Est-il seulement exploitable ? Ceci est une autre histoire.

Certains établissements ont franchi le pas et ont tenté de changer ce système. Le lycée polyvalent Simone Signoret fait part de son expérience et donne quelques pistes. « Le conseil de classe est totalement modifié : le bilan trimestriel se déroule sous la forme d’un entretien de fin de trimestre ou de semestre. L’élève est rendu acteur de ses apprentissages ; par l’autoévaluation, il prend conscience de sa valeur, de ses acquis, des progrès qu’il doit réaliser. »

A lire ici l’intégralité du projet

Sinon, à écouter ou réécouter, à voir ou revoir 😉

Allez, je vous laisse. J’ai des bulletins à remplir car demain, j’ai conseil de classe …

Une chronique d’Agnès

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