Comment concilier éducation bienveillante en classe et autorité ?

Bonjour à tous,

Pour cette nouvelle chronique je vais m’attarder sur un sujet qui me passionne depuis quelques années : l’ éducation bienveillante à l’égard de chaque enfant et la façon de la concilier avec le « cadre de l’école » et l’autorité (sans autoritarisme) qui va avec.

Tout d’abord il convient de définir ce qu’est une éducation bienveillante surtout du point de vue d’un professeur.

L’éducation bienveillante: regarder l’élève comme un humain

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Elle nécessite patience, compréhension, écoute active, dialogue et une infinie souplesse dans sa manière notamment de pratiquer son autorité.

Elle consiste à laisser se développer la parole de l’enfant, à le rassurer, à dédramatiser la peur de l’école, de l’échec ou de l’erreur. L’enfant doit pouvoir s’adresser à l’enseignant sans appréhension or nous savons tous que l’école est le milieu anxiogène par excellence pour un enfant.

L’enfant doit être reconnu comme UNE personne unique et maillon indispensable à la vie collective.

Or ces dernières années on a globalement validé l’idée que l’enfant devait se fondre dans le moule de la socialisation. Ce n’est pas ça…

L’enfant doit, certes, accepter les contraintes liées à la vie collective mais il doit pouvoir également s’épanouir dans ce cadre nouveau qui n’est pas celui de la maison.

L’enseignant de son coté doit se montrer compréhensif, ouvert, juste dans ses décisions mais ferme à la fois.

L’élève en tant qu’humain est très sensible à la justice et à l’écoute qu’on lui porte.Je ne compte plus malheureusement le nombre de fois où j’ai vu un enfant se faire rabrouer sans aucune forme d’explication, le voir partir dans une colère noire qui de surcroît l’amena souvent à une sanction encore plus sévère. Ce genre de situation ne devrait plus exister dans nos écoles.

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Un enseignant qui abuse de son autorité est en fait un enseignant dépassé. NOUS sommes des professionnels et nous devons garder sang froid et calme (je sais comme ça peut être une rude épreuve).

Nous devons considéré les erreurs de nos élèves comme des expériences et non comme des fautes que ce soit dans l’appréciation de leur travail ou dans celle de leur comportement.

Les limites de nos écoles et de nos enseignants

La chose n’est pas aisée pour bon nombre d’enseignants car mener une éducation bienveillante avec 25 ou 30 élèves à la fois relève parfois du sacerdoce. Je pense que l’expérience, la confiance en soi et la connaissance de sa propre pratique sont nécessaires et même des pré-requis indispensables.

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Un parallèle avec sa vie personnelle est aussi inévitable (comment pratiquer l’éducation bienveillante en classe sans l’appliquer avec ses propres enfants à la maison). L’enseignant doit être bien dans sa profession et bien dans sa vie extra-scolaire.

Pour ces multiples raisons l’éducation bienveillante en classe est difficile à mener pour de jeunes enseignants déjà accaparés par la découverte du métier et la masse de préparation énorme du début de carrière(sans généraliser pour autant), pour des enseignants qui ne sont pas parents eux-même, pour des enseignants en difficulté personnelle ou professionnelle.

L’aspect transgénérationnel de notre métier n’est pas anodin non plus. Des enseignants entre 25 et 45 ans sont plus facilement ouverts sur ces questions car elles sont dans les discussions actuelles. Un enseignant de 50-60 ans n’a pas ce modèle là en tête ou pour le moins les adaptations sont plus délicates (surtout au vu des changements perpétuels de lois d’orientation et de programmes)

Repenser l’autorité dans une optique bienveillante

J’en viens donc au cœur de mon propos: comment concilier au mieux éducation bienveillante et autorité.

Il faut prendre le temps. Nous en manquons cruellement j’en conviens entre nos programmations, nos évaluations, nos bulletins et nos kermesses ^^ mais utiliser le temps pour construire au mieux l’humain c’est en gagner sur de nombreuses situations futures dans l’année ou dans le reste de la scolarité de l’enfant dans votre établissement.

Prendre le temps de réfléchir et de mesurer notre réaction. Nous sommes souvent dans la réaction à un évènement. Nous agissons en réaction à ce que nous avons vu ou entendu et qui a choqué la représentation que nous avons du cadre de l’école que nous cherchons à instaurer.

Prendre le temps cela signifie :

  • ne pas hurler  car hurler sur un enfant est déjà un acte violent. L’enfant est en pleine construction de lui même, lui crier dessus lui renverra un message erroné de l’adulte comme source de peur (exception pour hurler=en cas de danger imminent cf rôle n°1 d’un enseignant: assurer la sécurité de ses élèves)

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  • isoler l’enfant (pas dans un coin mais à coté de vous, pas de position humiliante comme assis par terre mais débout à vos cotés, qu’il soit dans une posture où il comprenne qu’il s’est mis en marge du groupe, qu’il puisse réfléchir)
  • avoir une véritable explication en tête à tête avec lui (vous savez sans la ronde du tribunal pour enfants qui se masse autour de vous en cour de récréation ^^)
  • commencer par lui demander s’il a une idée de pourquoi vous l’avez isolé et lui donner l’occasion d’expliquer son comportement. Vous mettre pour cela dans une posture d’écoute active (vous cherchez à comprendre, vous relancez, vous questionnez)
  • discuter avec lui de la sanction (comment pourrais tu réparer ton erreur?) Vous serez d’ailleurs étonné parfois de la sévérité qu’un enfant peut avoir à son égard. Il conviendra de lui apprendre à graduer la sanction/réparation en fonction de l’erreur commise.
  • développer de meilleurs relations interpersonnelles par un véritable travail en classe autour d’outils comme la communication non-violente

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Bien à vous

Une  chronique de Mathieu Quénée

Professeur, Ludologue et admin du Blog de Monsieur Mathieu

Commentaires

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6 commentaires

  • Je suis absolument d’accord avec vous, déjà le titre devrait engager l’assentiment de tous. Et justement, les deux pôles réunis :
    ● « Éducation bienveillante » :
    Ah ! comme le rapprochement entre ces deux termes est doux à entendre, tant pour l’élève que pour ses parents et les professeurs !
    ● « Autorité » :
    Peut-on imaginer transmettre le savoir, les méthodes, les pratiques, conçus, mis en cause et/ou validés pendant des siècles sans un ascendant sur l’élève, d’une part reconnu par la société et, d’autre part, accepté par l’élève en fonction de son degré de confiance en son professeur ?

  • Frédérique Mattei dit :

    Ok, je me permettrais de noter que l’âge de l’enseignant n’a rien a voir avec sa posture. Il y a bien longtemps qu’on a réfléchi à cela dans l’éducation spécialisée (ASH)…
    Ceci étant voici un petit texte de la FNAREN apportant un éclairage supplémentaire sur la notion de bienveillance
    http://www.ovhsitebuilder.com/files/writeable/uploads/ovh1321/file/2014_03_12_bienveillance_actualis6.pdf

  • Claire Nunn Claire Nunn dit :

    Je ne crois pas que c’était sous-entendu mais il est évident qu’être parent apporte un autre éclairage au métier d’enseignant. Comment comprendre quand on ne le vit pas à la maison que l’enfant, après sa journée d’école, ne peut passer 2 heures sur les devoirs ? Par exemple. Il est essentiel de comprendre l’enfant ou l’ado quand on enseigne et être parent…ça aide ! Nous avons tous eu de grands principes sur l’éducation qui se sont effondrés avec l’arrivée de nos propres enfants. Sans enfant, on reste sur ses grands principes. Réduire l’enseignement à un métier, ça me gêne beaucoup, car c’est bien plus que cela à mon avis 😉 Les idées de cet articles sont au contraire bien de notre temps ! Merci Mathieu !

  • Rachelle Rachelle dit :

    Que de bonnes choses dites ici! Et malheureusement, je dirai que la non-bienveillance est effectivement plus le fait des personnes qui n’ont pas d’enfants… En riant, on se disait avec une amie que cela devrait être un critère d’admission. ! Bien sûr on peut être très bienveillant avec les élèves et être pourtant sans enfant. Mais dans tous les cas, quand on voit les nôtres souffrir de certaines réactions de collègues, cela nous permet d’éviter de faire nous-même la même chose..

    • Renaut dit :

      Comment peut-on lire cela sans frémir ? Avoir des enfants serait un critère d’admission. Moi je vous dirais que depuis 43 ans que j’enseigne j’ai été souvent choquée de voir l’indulgence de mes collègues « parents » envers leurs enfants en comparaison de leur comportement particulièrement sévère et intolérant parfois avec ceux des autres. Des réflexions sur la profession des parents (tu ne veux pas finir comme ta mère (coiffeuse !) ou tu penses à ta maman qui te regarde de là-haut ont été prononcées par des « mamans ». Professeur est un métier pas un prolongement de la fonction de parent.

  • BOUIZI MOHAMED dit :

    Bel article
    toutefois,j’ai plus de 60 ans et je me retrouve bien dans ce que vous avez écrit

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