Fais moi visualiser un mouton !

Bon, c’est pas nouveau : le terme arts plastiques est de plus en plus remplacé par celui d’arts visuels dans nos chers programmes (c’est le cas en primaire par exemple) et gagnent de plus en plus de terrain dans notre société. Mais une question pour les anciens qui ont envie de se mettre à la page : les arts visuels, kécecé ? Les arts visuels sont « les arts que l’on voit avec les yeux ». Mouais… et concrètement ?

Mouton

Ben concrètement cela veut dire qu’il va falloir faire un peu plus que de mélanger deux pots de peinture ou du dessin sur papier auquel les élèves ont été habitués depuis longtemps si l’on veut faire réellement des arts visuels. En effet sous ce terme se cachent les arts traditionnels (peinture, dessin, sculpture, gravure) auxquels s’ajoutent les nouvelles techniques issues du numérique (j’y reviens plus tard).

Mais la révolution ne se limite pas à ce simple ajout ! Car en se détachant du terme « arts plastiques traditionnels » les arts visuels se détachent encore plus de la notion d’esthétique à laquelle la tradition les attachait. J’explique pour ceux du fond : Créer une œuvre, faire de l’art, n’a plus pour but de faire du beau. Et ça tombe bien ! Premièrement car cela permet de ne plus être obligé de mentir aux élèves (le fameux : « oui oui Jonathan, ton gribouillage est magnifique ! » avec un sacré dilemme quand l’élève nous demande alors de l’afficher de façon à ce que tout le monde le voit, car voyez vous ce « tout le monde » n’est pas aussi bienveillant que le professeur). On ne demande plus de faire quelque chose de joli. Non madame, maintenant, et c’est mon deuxièmement, on veut que l’élève s’exprime à travers des techniques artistiques. Et là, bim, je vous le donne dans le mille, cela nous permet de faire en plus du langage (« dis moi Jonathan, ton gribouillage, qu’est-ce qu’il veut dire ? Ahhh il exprime ta colère. Du coup on comprend mieux pourquoi tu as utilisé que du noir et du rouge et que tu as écrasé la couleur »). Et que l’on soit en maternelle ou au lycée, savoir s’exprimer sur ce qu’on l’on produit, c’est rentrer en communication avec l’extérieur sur soi puis, en s’exprimant sur ce que quelqu’un d’autre produit, rentrer en communication réciproque et dans le vivre ensemble.

Observer, éprouver des émotions (ou non), les partager, découvrir comment d’autres s’y sont pris pour exprimer la même chose sont des composants de l’art. Je me souviens encore d’une formation entre enseignant où une collègue PEMF nous avait mis dans une salle avec à disposition TOUT (ou presque) et comme consigne : Dans 20 minutes, vous me rendrez une œuvre qui exprime la colère. Sur les 10 productions, pas une seule n’était similaire aux autres ! Et ce même en ayant utilisé les mêmes matériaux et sans recherches d’esthétique.

Revenons maintenant sur ces nouvelles techniques issues du numérique. Elles regroupent la photographie, l’art vidéo (dont le cinéma) et l’art numérique. Bien qu’enseignant polyvalent, nous n’avons pas toujours la formation pour utiliser ces fameuses techniques et elles peuvent nous paraître étrangères. Or avec deux trois astuces on peux en tirer des projets vraiment intéressants pour les élèves de tout âge.

Voici donc un mini (très mini) cours de photographie suivi de 3 idées concrètes !

La Photographie

En dehors du cadrage, des éléments que vous voulez photographier et l’ouverture il y a 2 composants à maîtriser : la vitesse de votre photo et la lumière.

La vitesse (ou vitesse d’obturation) est le temps durant lequel votre volet s’ouvre pour capter l’image. Allant de 1/2000 de seconde à plusieurs secondes, il permet de fixer un élément rapide (une personne qui court par exemple) avec une grande vitesse (< à 1/250 secondes) sans avoir de flou. La vitesse dépend aussi de la lumière. En effet, plus la vitesse est grande, moins la lumière a le temps de « rentrer » dans la photo. Il faut donc que l’éclairage (naturel ou artificiel) soit assez conséquent au risque de vous retrouver avec une photo trop sombre. Cette lumière peut être rattrapée grâce à ce que l’on appelle les ISO. Les ISO représentent la sensibilité de la photo. Plus les ISO sont élevés, plus la photo est sensible et capte la lumière. Si votre photo est trop sombre, une solution est d’augmenter les ISO. Je vous invite à tester votre appareil photo et sortir de ce mode manuel afin d’en découvrir toutes les possibilités.

Voici donc maintenant 3 pistes exploitable en classe.

1°) Étude d’un photographe : Halsman

Alors parmi tous les photographes existants pourquoi lui ? Tout d’abord parce que le lien avec d’autre forme d’arts est possible. Il travailla pendant 30 ans avec Dali. Et qu’est-ce que j’aime Dali ! Alors oui pour le coup le choix est un peu orienté par les préférences du prof, mais n’enseigne-t-on pas mieux quelque chose qui nous passionne ? Donc, Halsman !

Portraitiste de génie, il shoota de Einstein à Grace Kelly et développa la Jumpology ou Jumping qui consiste à prendre ses sujets lorsqu’ils sont en train de sauter. Cette méthode permettait d’après lui d’être le plus naturel et spontané possible lors du cliché. Cette expérience est plus que simple à réaliser. Il suffit de d’augmenter la vitesse d’obturation (temps où l’obturateur de votre appareil reste ouvert). Plus la vitesse est grande (par exemple 1/500 de seconde) plus on fixe ce qui bouge et évite les flous. Suivant l’âge de vos élèves, vous pouvez les faire poser, cadrer et photographier, choisir les composants de l’images (Halsman et Dali sont allés jusqu’à jeter de l’eau et des chats sur leurs photos. Je ne le conseille pas pour les chats mais le rendu reste tout de même intéressant. On peut imaginer d’autres choses (balles, confettis, feuilles, matériel d’école …). Tout cela finira bien sûr par une belle exposition dans l’école !

2°) Le film d’animation en stop motion

L’animation est une succession de photos ou d’images mises bout à bout avec entre chaque image un léger mouvement des objets filmés.

Par exemple : pour faire bouger un jouet, on va le prendre en photo, l’avancer un peu, prendre une photo, l’avancer un peu, etc. On monte ensuite les photos obtenues (le logiciel windoms movie maker est installé par défaut sur pratiquement tous les ordinateur) en les mettant dans l’ordre avec un temps d’apparition court (½ seconde ou moins). Les images défilent donc donnant l’illusion que le jouet se meut tout seul.

Cette technique est utilisée pour les films d’animation comme Chicken run ou L’étrange noël de Mr Jack. Se projet demandera aux élèves de réfléchir à un scénario et de l’écrire (on peut donner un thème pour éviter la page blanche) sous forme écrite et/ou storyboarder (voir l’outil créé par l’académie de Rennes), aux personnages, aux décors.

Pour les prises, il faudra faire attention à :

  • L’appareil photo doit être bien fixe pour que le cadre ne bouge pas (trépied, posé sur une table…).
  • La lumière : ne pas hésiter à allumer les lumières, même en plein jour, afin d’éviter les variations de la lumière extérieure (passage de nuages, mouvement du soleil).
  • Les intrus : rien de pire en effet qu’une main qui reste dans le cadre et qui apparaît au montage (il en va de même pour les ombres projetées des élèves sur la scène).

Pour les objets filmés, il y a plusieurs possibilités : soit vous demandez aux élèves de ramener des jouets de la maison (attention à ne pas les perdre) ou d’utiliser ceux de l’école, si elle en dispose, soit vous prenez vos élève comme objets. On passe alors à ce qu’on appelle la technique de la pixellisation. Ce qui est intéressant avec cette technique c’est que l’on peut jouer avec la gravitation, faire apparaître des objets… Mieux qu’un long discours, je vous conseille vigoureusement de vous entraîner à cet exercice chez vous (pourquoi pas avec vos propre enfants) avant l’essai en classe. Vous ne serez pas déçus du résultat !

  • Exemple de Stop Motion réalisé en collège avec une classe de CM.

3°) Le light painting

Le light painting est une technique qui utilise la pose longue et permet de dessiner avec de la lumière sur une photo. Picasso lui même s’essaya aussi à l’exercice. Contrairement à ce que je vous ai proposé pour le jumping, il faut ici garder l’obturateur ouvert le maximum de temps et dessiner avec votre lampe pendant que la photo se prend. Certains appareils sont « bridés » et ne peuvent s’ouvrir qu’un temps maximum fixe (30 secondes par exemple) tandis que d’autres ont un temps infini (appelé mode bulb) mais nécessite de rester le doigt sur le déclencheur. Vous allez donc augmenter le temps d’ouverture au maximum. Pour ceux qui ont suivi le mini cours, on se rappelle que baisser le temps d’ouverture diminue la lumière. A l’inverse, augmenter le temps va permettre a beaucoup de lumière de passer. Si vous faites vos photos de light painting de jour, vous allez donc vous retrouver avec une belle photo toute blanche (qu’on appelle surexposée). Comment résoudre ce problème ? En prenant vos photos dans un lieu sombre, très sombre. Une salle de classe, de motricité, dans laquelle on va calfeutrer au maximum toute source le lumière fera l’affaire. Il ne vous reste plus qu’à demander aux élèves d’amener des « sources lumineuse » portables diverses car varier les différentes couleurs de lumière et formes (ampoule de lampe torche, bâton lumineux, jouet sabre laser, …) ajoute un plus au rendu (et cela permet de faire un lien avec les sciences et l’électricité).

Comme pour le stop motion, vous ferez bien attention de fixer votre appareil (trépied, sur une table,…).

  • Exemples de light painting : ici et .

*

Et dernière petite astuce : pour que vos élèves apparaissent sur les photos (normalement ils se déplacent trop vite et la lumière qui « émane » d’eux n’est pas fixée) : demandez-leur de faire les statues et mettez un coup de flash avant de refermer votre obturateur. J’ai moi même mené cet atelier avec des élèves de GS/CP/CE1 et cela fonctionne. Après, il est sûr que dessiner dans l’espace sans retour direct de ce que l’on fait est difficile pour des tous petits. Mais se déplacer, occuper tout l’espace, jouer sur la profondeur en s’approchant ou s’éloignant de l’appareil, tenter des formes géométriques, faire des compositions en groupe, etc., sont autant de consignes qui permettent d’aborder dès le plus jeune âge cette expérience.

Une chronique de Mathias Schmitt

Commentaires

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4 commentaires

  • Jacques dit :

    Merci Mathias pour tous ces conseils simples, pratiques et astucieux.
    Avec le numérique, on peut faire autant de photos que l’on veut. Ensuite, on trie et on jette ce qui ne correspond pas au but recherché Je vais d’abord essayer chez moi avant de le proposer à mes élèves.
    Je te tiendrai au courant des résultats obtenus. Merci encore.

  • Mathias Schmitt dit :

    Avec plaisir Jacques !
    J’avais mis des liens dans l’article mais ils ont sauté : ils sont désormais à nouveau dans l’article : en commentaires, ça débordait sur les colonnes de droite 😉 !

  • Martz dit :

    Bonjour Mathias
    Merci pour ton texte et tes propositions mais je tenais à revenir sur ton introduction pour une « ancienne des arts plastiques » cela me semble bien étrange tes remarques sur le changement de nom de cette discipline. Nous avons vécu le passage de terme « cours de dessin » au « cours d’arts plastiques » et les arguments que tu donnes définissaient déjà cette évolution !
    Par l’élargissement à tous les types de pratiques artistiques, des plus sensibles aux plus virtuelles…
    Ainsi qu’à l’éloignement de la notion de « beau  » pour aller à sa remise en question à son questionnement et à privilégier le sens et l’esprit critique …
    C’est ce qui anime les cours d’arts plastiques depuis maintenant de nombreuses années !
    En dernier le terme  » d’art visuel » lui me semble bien réducteur à un seul de nos sens ( malheureux, pour les aveugles !) et ayant tendance à glisser tout doucement vers un ensemble de techniques très visuelles, virtuelles en oubliant le sensible, tactile !
    Sur cette humeur du matin , bonne journée et bonne continuation .

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