« Je comprends pas m’sieur ! je comprends pas m’dame ! »

« Je comprends pas m’sieur !  Je comprends pas m’dame !»

Marie n’est pas la première à me poser cette question au cours d’une évaluation. D’ailleurs on me la pose de plus en plus je trouve, que ce soit au cours d’une activité de classe , dans une évaluation formative ou sommative (je maîtrise bien le langage de l’éducation !). Pourtant je passe un temps certain dans la rédaction des questions des évaluations afin qu’il n’y ai aucune ambiguïté ni sous-entendu aucun problème dans la tête des élèves au moment ou ils lisent la consigne. Je tourne et retourne la formulation des phrases plusieurs fois. Les élèves pouvant poser des questions lors de l’évaluation, je me rends compte parfois que je n’avais pas pensé à tout : c’est alors l’occasion de modifier encore la consigne pour être sûr de l’objectif de la question posée.

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Mais alors pourquoi ces nombreux « Je comprends pas m’sieur ! » ? Du coup, un jour j’ai insisté, gentiment, pour que Marie me dise ce qu’elle ne comprenait pas. Pas si simple : « bah la question ! ». En creusant un peu plus, car la consigne était vraiment claire et l’objectif évident, Marie finit pas me dire qu’elle ne savait pas comment s’y prendre pour répondre à la question. Question qu’elle avait bien compris ! « Je ne comprend pas comment faire » aurait été plus judicieuse comme question alors. Cela m’a rassuré sur la précision des consignes mais il faudra que je travaille plus mon cours de « langage élève  3ème langue » !!

Mais il existe une deuxième raison à la recrudescence de ce : « Je comprends pas m’sieur ! », après mon faible niveau en langage élève. Nombreux enseignants travaillent de plus en plus par compétence et cela se retrouve dans les évaluations. Toutes mes questions sont précédées d’une indication concernant ce qui est demandé dans la consigne : cela peut être une question de cours (bilan, vocabulaire), une question d’information à partir d’un document, une question de communication (texte, schéma) ou une question de raisonnement. Le but étant que l’élève sache bien ce qu’on attend de lui (restituer, s’informer, communiquer, raisonner) et qu’il sache ensuite où sont ses points forts et ses points faibles qu’il devra travailler plus par la suite. Les questions de raisonnement sont les moins évidentes pour les élèves car elles nécessitent d’utiliser des connaissances, des informations pour expliquer quelque chose ; à la lecture des réponses on voit rapidement si l’élève à compris. Je me suis rendu compte que les « je comprend pas m’sieur » concernaient des consignes en relation avec le raisonnement. Si les enseignants travaillent de plus en plus par compétences, certains élèves préparent leurs évaluations avec beaucoup trop de par-cœur ; même les meilleurs, ont bien du mal à s’en défaire se retrouvant en difficulté face à une question de raisonnement. Pourtant, le même genre de travail est fait en classe lors des activités et je donne un contrat pour préparer les évaluations en précisant ce qu’il faut « savoir », « savoir-faire » ou « savoir expliquer ». Il va falloir approfondir le travail de raisonnement pour voir disparaître ce « je comprend pas m’sieur » ! Au boulot !

Mais ce matin c’est moi qui dit « je comprends pas m’dame » !! Je viens de lire les projets de programme pour l’école et le collège, « simples et lisibles » d’après l’introduction : bizarre mais ce ne sont pas les deux mots qui me viennent spontanément après plusieurs lectures. « Ubiquité», « syncrétique !», « curriculaire !!», « spiralaire !!! » : le premier mot me parle un peu mais même mon correcteur orthographique souligne en rouge les deux derniers sans me proposer de solution ni de signification même si j’en devine l’idée. L’organisation en trois tableaux, les objectifs, les liens avec le socle, les niveaux de maitrise attendus : rien n’est simple ni lisible ! Alors comme mes élèves, je lève la main et je dis : « je comprends pas m’dame ! » : j’ai bien compris l’intérêt des compétences, les liens avec le socle, les enjeux pour la réussite des élèves, les objectifs à atteindre… j’ai tout compris, mais je n’ai pas compris comment nous allions faire ; ou alors j’ai peur d’avoir compris toutes les implications concrètes de cette réforme basée sur de bonnes idées et de bons sentiments. Évaluation, programmation modulable sur trois ans, liberté pédagogique accrue, enseignement interdisciplinaire, enseignement intégrée des sciences et de la technologie… il faudra une autre chronique. Bonne lecture du projet de programme !

Une chronique d’Hervé Chalumeau

Commentaires

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2 commentaires

  • Sigrid Hannier dit :

    Moi non plus je ne comprends pas ! Ni les remarques peu constructives des collègues sur l’orthographe des paires, ni ce projet de programme : vocabulaire énigmatique, connaissances en SVT qui englobent l’ancien programme de seconde dans le cycle 4, etc. ! Si on veut donner du temps aux élèves pour progresser en raisonnement scientifique, n’aurait- il pas fallu réduire les connaissances et augmenter le temps pour les acquérir dans des projets interdisciplinaires?

  • Corentin D dit :

    Je suis complètement d’accord avec toi Sigrid. La qualité avant la quantité…

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