Le funambule de l’extrême

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Le prof, sur son fil tendu entre deux abîmes, s’avance pendant 50/55 minutes et tente de maintenir son équilibre.

  • A gauche, la fosse du silence.

Des élèves hagards, le regardent silencieux, incapables de répondre à la question qu’ils viennent d’entendre. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette catatonie. L’horaire matinal, 8 heures, ce n’est pas une heure pour retirer un ado de son lit. La complexité de la tache demandée ou s’il fallait en plus avoir fait ces fameux devoirs. La question, trop ardue a vaincu le plus téméraire, celui qui coûte que coûte lève la main.

  • A droite, la fosse du chaos.

La question posée a déchaîné les bavardages, les rires, le chahut. Soit parce que la question était trop facile, les élèves, bientôt en pause méridienne, ont les crocs et s’agitent, soit parce qu’aujourd’hui on a perdu l’équilibre…s’en suivent palabres et conversations non maîtrisées.

  • Le prof, dans la fosse aux lions alors ?

Si l’échange est important et permet de construire le cours, en langues, en lettres et autres humanités, il faut vite retrouver son équilibre et mieux distribuer la parole sans que ni le silence ou les bavardages ne viennent ruiner les efforts de l’équilibriste.

Comment faire ? Des idées ?

11 idées ou pistes…A chacun son style.

1. Le fameux paquet de Dragibus.

Aucun élève, ado, post ado ou futur adulte ne résiste à la tentation d’une petite récompense sucrée.

Un poil infantilisant certes, mais dans une activité de groupe pourquoi pas.

2. Les diplômes.

On peut facilement en ligne trouver des diplômes du « meilleur orateur » et du « meilleur élève » http://www.certificatemagic.com/ et récompenser les éléments moteurs.

3. Les enregistreurs mp3 ou son téléphone à défaut.

On le sait, quand on demande aux élèves d’interagir en duos ou en groupes, dès qu’on tourne les talons, les conversations repartent au Français. Sauf si leurs échanges sont enregistrés et évalués. On lance la réplique à 100 euros « attention c’est une copie numérique alors, pas de gros mots… » et on est partis…

4. La planche à pince.  

Ou la fameuse « clipboard » intraduisible ou l’on place la feuille d’appel de la classe.

Une seule règle. Avoir une croix en face de son nom avant la fin de l’heure. Sinon travail supplémentaire. Lequel ? Etre le premier interrogé au cours d’après.

Toute intervention marche, de la lecture, à la correction d’exercices à la réponse qui coule de source.

Succès garanti. On peut introduire des variantes. Le petit cahier rouge, bleu…un signal. Mais la planche à pince a ce petit aspect du conducteur de travaux qui maîtrise la situation qui nous va si bien.

5. Le vote en direct.

Si on veut que même les plus timides ou les plus endormis participent, on pose une question en utilisant des plate-formes collaboratives du style tricider, sticky moose (découverte en action pendant un webinar d’Isabelle Dufrêne) answergardentoday’s meet  ou encore Socrative.

Les réponses s’affichent en temps réel et plutôt que d’être mis au pilori, le timide sera porté au pinacle.

Mon préféré restant today’s meet qui permet entre autres de faire une salle de réunions virtuelle pendant un an, nominative ce qui évite les dérives des commentaires incontrôlés. Une petite mise au point avant l’activité que les réponses des élèves alimentent la trace écrite et tout se passe sans problèmes.

6. « Go to sleep » ou les cinq minutes de sommeil supplémentaire.

Idée brillante de ma stagiaire Soraya. Une rangée d’élèves sur deux posent la tête sur leurs bras et ferment les yeux le temps que les camarades regardent un document, de préférence muet ; ils doivent ensuite restituer au camarade qui devra à son tour contribuer au cours.

7. La version document vidéo.

Le même principe. On fait cette fois-ci retourner un élève sur deux et les invite à écouter la playlist de leur téléphone un peu fort pendant que le camarade regarde une vidéo d’environ 4/5 minutes et prend des notes. La clarté et l’efficacité des notes permettront une interaction de qualité. Inutile de dire que les élèves en redemandent.

8. Tous les élèves lèvent la main? Une utopie? Ca c’était avant Plickers.

Devant vous, une marée de mains levées vous tendent des fiches aux allures de space invaders, et vous, d’un seul geste, à l’aide d’un smartphone, vous scannez, enregistrez et comptabilisez les réponses des élèves. Voilà, a new geek teacher is born. Et tout ça gratuitement s’il vous plaît…en tous cas l’appli et le site, parce que les questions il faut  les faire quand même.

Une vidéo pour apprendre comment s’en servir ici. Avec un peu d’imagination, on varie les utilisations: de la question en cours d’apprentissage, aux rites d’accueil, aux corrections d’exercices en passant par les jeux. Ca paraît un gadget mais en fait c’est la démarche qui est bluffante.

9. La conversation via Skype sur Skype in the classroom.

Trouver un partenaire, prévoir un créneau, préparer une activité d’argot Français/Anglais par exemple sur des cartes à la Bob Dylan Don’t look back ou plus connu dans love actually et la présenter avec une expression à choix multiples. L’Anglais coule de source, on cherche à communiquer, même à séduire…si si.

10. La classe inversée ? La classe renversée ?La classe la tête en bas? 🙂

En vogue depuis que Salman Khan, le fondateur de La Khan Academy a découvert après une conversation avec un de ses amis, qu’il pourrait ajouter des vidéos pratiques en Maths sur Youtube et mieux aider sa cousine Nadia.

Le nombre de vues phénoménal lui a donné des idées…

Il a créé son site, entièrement gratuit, ce qui permet à l’élève de choisir sa progression, visionner des vidéos explicatives en maths et dans nombre d’autres matières,  faire pause, play et revenir en arrière…impossible avec le prof en vrai. (ou avec difficultés) A lire son livre, passionnant.

Ces principes, appliqués « dans la classe inversée » permettent aux élèves de voir le cours à la maison et d’appliquer après en classe avec l’aide du prof. Il faut de l’organisation, du temps, un programme bien défini, des talents de vidéaste , de la vidéogénie et une bonne caméra. Le professeur du coup perd de son prestige, il devient facilitateur et non pas conducteur.

En Bretagne, des expériences ont été lancées et notamment Biweb. La révolution numérique prend du temps.

En langues, ce serait possible, sur un programme de littérature un peu difficile, pour aider les élèves dans ce qui leur pose problème, la lecture cursive. Se lancer, ce n’est pas facile.

Même si on fait orateur un peu, qu’on fait cours tous les jours, ce n’est pas évident. Mais c’est à creuser…

11. La plateforme « Challenge U« 

Poster une question en ligne et se baser sur les réponses pour construire le cours. Ce site fait partie de la fameuse « gamification » ou « ludification » qui essaie de transformer toute recherche comme un défi et non pas comme un jeu. Même si on peut éprouver du plaisir à chercher une réponse, le côté ludique n’est pas la motivation première. Les créateurs cherchent d’ailleurs à exporter le modèle dans les entreprises.

Au détour de lectures, j’ai découvert cette fameuse appli zombies qui vous fait courir plus vite, vous fait améliorer vos performances de jogger car vous essayez d’échapper aux monstres hurlants, assoiffés de sang…Faut ce qui faut… D’ailleurs l’appli affiche les couleurs « Sois en forme, échappe aux zombies, deviens un héros » Tout un programme.

12. Les jeux sérieux.

On utilise déjà Minecraft  et d’autres jeux pour l’immigration http://www.tenement.org/immigrate/ ou encore :http://www.mission-us.org/pages/landing-mission-4

En fait, le rêve ce serait de pouvoir concevoir, diriger un jeu sérieux grandeur réelle, ou les élèves seraient acteurs et joueurs et qui pourrait rivaliser avec les Leagues of Legends qu’ils connaissent.

Rendre les cours légendaires et ne plus jamais tomber dans aucun abîme. 🙂

Et vous avec les gouffres, ça va? 🙂

Une chronique d’Amélie Silvert.

 

Commentaires

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3 commentaires

  • Zoub dit :

    Formidable!
    Que d’idées géniales! Comme vous devez vous régalez vous et vos élèves!
    Je regrette d’être à la retraite et de ne plus pouvoir reprendre de vos idées. Et je regrette que mon fils n’ait pas eu des profs comme vous.
    Ça fait chaud au cœur de vous lire.
    Bref, continuez.

    • Bonjour Zoub,

      quel gentil commentaire, merci.
      Les bons sentiments ne sont pas en vogue, mais ils ont le mérite de me faire sourire.
      Je suis contente que cet article vous ait plu, j’y avais mis beaucoup de moi.
      A bientôt.

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