T’es pépé cette année ?

« Je suis pépé cette année et toi ? »
« Ah moi non, cette année j’arrête. »

Quel stagiaire ne serait-il pas surpris par cette conversation de début d’année en constatant que les deux protagonistes ont à peine trente ans et qu’il semble possible de répudier très simplement ses petits-enfants…

Non, P.P. = prof principal.

Celui à qui incombe la très noble tâche de suivre la classe et ses élèves pour les conduire jusqu’aux jardins merveilleux, qui de l’orientation, qui du bien-être dans un groupe, qui dans une meilleure relation avec les adultes, avec ses parents, etc.

Parmi toutes ces charges, il est dans l’année quelques événements plus importants et plus marquants : c’est le cas de ce grand moment de démocratie que sont les élections de délégués. Grand moment en effet qui commence par le stress de trouver des candidats, enfin des « vrais candidats ». Il faut alors tenter de rebuter les élèves qui confondent délégué et concours de popularité, en général, pas les plus réputés pour leur attitude en classe ou dans l’établissement (ceux que l’on qualifierait pudiquement de « défavorablement connus des services de la vie scolaire »). Il faut aussi tenter de convaincre de se présenter ceux qui sont plus réfléchis, matures (ceux que leurs camarades qualifient « d’extraterrestre », « faillot », ou pire encore « intello »). Ceux-là sont d’autant plus difficiles à convaincre qu’ils savent très bien que cela reste un concours de popularité (certains diraient, s’il s’agissait de politique : de populisme).

Ouf ! Ça y est, première épreuve passée, j’ai mon nombre de candidats (bon principe de parité mis à part car sinon j’ai qu’un seul binôme qui se présente).

Deuxième épreuve, les élections : le stress revient, il faut cadrer les choix en rappelant que les délégués seront ceux qui doivent incarner la classe aux yeux des collègues (aller négocier un changement de cours avec un prof, c’est toujours plus compliqué), s’exprimer en conseil de classe (être défendu par le plus pénible de la classe, c’est toujours suspect). Et là on transpire en pensant : « Dommage qu’il n’y ait que chez les adultes que l’on puisse être inéligible aux vues de son casier ou de ses fautes commises ».

Puis rappeler que tout bulletin qui ne comporte pas le nom des élèves de la classe (et seulement le nom sans autres commentaires) est déclaré invalide, que donc on perd (bêtement) sa voix et avec, la possibilité de s’exprimer.

Ensuite, il faut bien choisir ses assesseurs et bien préciser à celui qui lit tout fort de ne lire Que les bulletins valides… Ça évite les « Kevin j’te kiff », le nom des présidents en exercice, le nom de terroristes célèbres, les « Cindy t’es trop moche »….*
Mais ça n’empêche pas les plus « potaches » de la classe d’écrire le nom de l’élève le plus timide et le plus réservé, juste pour entendre les autres se moquer lors de la lecture du nom et juste pour qu’il soit présent au second tour où là il n’aura aucune voix…*

*Attention : toute ressemblance avec des faits existants ou ayant existé n’est que pure imagination

Et je ne parle pas des tensions qui montent parfois entre les clans rivaux, tous derrière leur « poulain ».
Enfin arrive la délivrance ; on recadre une dernière fois : « Attention, celle-là, c’est la définitive, choisissez bien ». Et c’est parti pour le second tour.
Et fier du travail accompli, on porte ses résultats à la vie scolaire.

« Ça va, tout s’est bien passé ?? » demande le CPE inquiet. « Oui, oui. Comme d’habitude, la routine quoi… J’ai évité le pire. » En fait je me sens parfois un peu comme après ces élections organisées sous l’égide d’un tiers dans un pays après une guerre civile. La résolution 433 prise en début d’année a été accomplie (c’est plutôt rare dans mon monde quelquefois un peu ONUsien). Mais ça, ce n’est que le début du travail de Pépé, il reste encore ces grands moments de rencontres avec les parents, les conseils de classe…

THOMAS Damien , casque bleu de la classe.

*Attention : toute ressemblance avec des faits existants ou ayant existé n’est que pure imagination.

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *