La souris blanche et l’Europe…

L’Europe souhaite mieux protéger les animaux utilisés à des fins scientifiques : la directive européenne 2010/63/UE et le décret n° 2013-118 du 1er février 2013 ont pour objectif une réduction de l’utilisation des animaux utilisés à des fins scientifiques, y compris dans l’enseignement. Bonne ou mauvaise idée ?

souris

Trois mois de géologie ont eu raison de la motivation de « Tom » en 5ème. Malgré la sortie et les observations ce n’est pas trop son truc à lui les cailloux. Heureusement il y a eu les coquillages fossiles et les dents de requin qui ont éveillé son attention : pour sûr, une mer chaude près de chez lui il y a 15 millions d’années ça interpelle. Depuis son heure dans la carrière à creuser dans les faluns pour trouver une dent de requin, Tom n’a plus fourni autant d’effort en cours de svt. Rien de tel que le réel !

Changement de chapitre : le fonctionnement du corps humain débute par un travail sur la schématisation pour expliquer l’origine de l’énergie dans les organes. Tom ce n’est pas son truc à lui non plus les schémas. Mais quand un élève propose d’étudier les poumons parce qu’ils doivent avoir un rôle dans la présence de l’oxygène de l’air dans notre sang, une métamorphose se fait à l’intérieur de Tom et ça se voit : il revit, il s’éveille, lève la main, bouillonne d’impatience : « Msieur, m’sieur, en primaire, on a vu des poumons avec notre instit. et on a soufflé dedans avec une paille ; ça gonflais, c’était génial ! » Puis tout le monde y va de son commentaire : « beurk ; on a pas fait ça nous ; mais non t’avais monsieur P ; ah oui je me souviens …. » Et quand ils doivent schématiser des poumons dans un corps humain pour montrer comment ils se les représentent, les élèves qui ont assisté comme Tom à cette séance d’observation en primaire ont une assez bonne représentation de la place des poumons dans leur corps et le schématise souvent avec de meilleures proportions. Ce sera une bonne base pour étudier le rôle des poumons et découvrir les alvéoles pulmonaires en 5ème.

Alors si vous hésitez parfois en primaire entre un document, une animation ou bien de vrais organes dites-vous que rien n’a plus d’impact que le réel. Forcément ce sera plus animé, plus bruyant mais tellement plus payant dans la construction des représentations. Bien sûr c’est plus contraignant qu’un document ou qu’une animation : se fournir, avoir un congélateur ou un frigo, est-ce qu’un élève ne va pas tourner de l’oeil ? Certains parents pourraient-ils avoir quelque chose à y redire ? Etc. Surtout que de nouvelles contraintes arrivent … de Bruxelles.

L’Europe souhaite mieux protéger les animaux utilisés à des fins scientifiques : directive européenne 2010/63/UE et décret n° 2013-118 du premier février 2013 ont pour objectif une réduction de l’utilisation des animaux utilisés à des fins scientifiques, y compris dans l’enseignement. Bonne ou mauvaise idée ? La décérébration de la grenouille par les élèves ou les expériences sur des lapins vivants sont d’un autre âge (le mien en tant qu’élève) Mais les pratiques ont bien évolué depuis le siècle dernier : maintenant on ne tue plus les animaux en classe, on travaille sur des animaux d’élevage congelés ou sur des abats. Alors que va changer ce décret ? Comme il ne s’applique pas aux animaux qui sont commercialisés pour l’alimentation vous pourrez toujours montrer, si vous le souhaitez et je vous y encourage, les poumons, le cœur, les reins, le cerveau et tous ces abats source de motivation pour vos élèves. («Mais alors m’sieur, j’ai déjà mangé des reins ! »)

Mais un animal risque de disparaître de nos salles de classe : la souris blanche ! (« elle est trop mignonne, m’sieur »). Il y a quelques années encore les élèves réalisaient eux-même la dissection de la souris ; aujourd’hui je le fais moi même avant les séances pour visualiser les organes de la digestion en place et « déroulés ». Toujours impressionnant : les organes du tube digestif, leurs relations étant une première étape dans la compréhension de la digestion, de l’alimentation, pour arriver aux risques alimentaires …Tout est lié. Mais non, terminé! Interdit maintenant ! (sauf dans les classes post bac qui préparent aux grandes écoles ! Ben voyons!) Vous me direz le numérique fait des merveilles aujourd’hui : animation, logiciel, 3D (voir « corpus » par exemple). Toujours non : la construction des représentations sur le corps humain passe aussi par le réel et encore le réel tant pour la motivation que pour l’intérêt visuel… pédagogique quoi ! Ne vous laissez pas submerger par vos souvenirs marquants (« œil de bœuf peut-être ? ») ni par cet anthropomorphisme actuel … Continuer ou osez l’observation du réel et que l’on nous rende nos souris !!

Commentaires

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5 commentaires

  • Séverine Marie dit :

    Bonjour Monsieur,

    Permettez-moi d’être un peu étonnée par le contenu de votre article.

    Je pensais que vous parliez de la souris blanche (ou du hamster) dans sa cage, que les élèves s’empressent d’aller saluer le matin et que l’un d’entre eux à tout de rôle, le veinard, emmène chez lui le week-end ou pendant des vacances : excellent pour apprendre le vivant, l’alimentation du rongeur, la relation entre humain et animal.

    A la place, je lis des propos d’un autre âge… s’il vous faut un animal en chair et en os, pourquoi ne prenez-vous pas un lapin, vendu entier au rayon boucherie? Et laissez-donc la souris courir dans sa petite roue et faire le bonheur des gamins.

    Salutations.

  • Damien THOMAS dit :

    Au delà de toute polémique sur la dissection, le décret dont tu parles suscite quelques inquiétude de ma part .
    En effet, le fait qu’une personne visiblement incompétente (en sciences et pas seulement) puisse rédiger un décret ne peut qu’interpeler.
    Je ne lui validerais certainement pas la compétence s’informer à partir d’un texte : le décret est censé s’appuyer sur une directive européenne qui en fait parle de l’interdiction de la vivisection à l’école (cela fait belle lurette qu’il n’y a plus de vivisection ni au collège, ni au lycée)
    Je ne crois pas non plus qu’elle ait des connaissances scientifiques très solide (je ne relèverais pas toutes les incohérences, je passe sur l’utilisation du terme invertébré juste la dernière qui annonce qu’il est interdit de disséquer tout animal qui ne soit pas élevé pour être mangé : il aurait été utile de préciser…. Par un homme, voir même aussi « européen » …. car avec les NAC, on élève bien des souris pour être mangées par des serpents….)
    Enfin, mais je n’ai pas les compétences juridiques pour cela, est-il normal qu’une directive ne soit pas signée par le ministre mais par une personne en son propre nom?

    Cela m’interroge : A qui confie-t-on la gestion des sciences au sein de l’éducation nationale??? Est-ce une erreur sporadique ou doit on s’attendre à d’autres directives aussi mal ficelées et avec des répercussions nuisibles pour nos enseignements

    • Bouriel dit :

      « antropomophisme actuel »: Que voulez vous dire par là? Que l’on a bien le droit de faire ce que bon nous semble, qu’avoir de la pitié pour ces pauvres bêtes appelés « souris », enfin considérées par le code civil comme « etre sensible », c’est faire preuve de sensiblerie et d’antropomorphisme!! Très bien! Alors disséquons nos chiens et nos chats dans ce cas! Et là quelque chose me dit que psychologiquement cela va s’avérer beaucoup plus compliqué!! Visiblement, contrairement à la recherche (oui je pense qu’on a assez de moyens technologiques pour apprendre correctement), je pense que les chercheurs ne sont pas encore très avancés concernant leur propre niveau de sensibilité, proche de zéro.

  • enriqueta dit :

    Je suis contre les dissections et les expériences sur animaux vivants.

  • Boulou dit :

    Hello,
    je suis moi aussi prof de SVT et je vais peut-être me mettre mes collègues à dos mais je dois dire que je trouve que ce texte est une avancée en ce sens où il place avant l’intérêt pédagogique (qui est en effet à la base de nos enseignement) l’intérêt du respect des êtres vivants, notamment des organismes les plus proches phylogénétiquement de nous, êtres humains.
    Certes cela enlève UNE possibilité de découverte du vivant mais je crois qu’au niveau collège ou lycée, il y a suffisamment d’autres possibilités de dissections (ou de supports de substitution réalistes) pour ne pas avoir à (trop) regretter notre amie la souris. Par ailleurs on ne peut ignorer l’impact négatif (faible utilité par rapport à ce que va apprendre l’élève de cette dissection, mauvaise image renvoyée par la matière ou image biaisée, etc) que la dissection d’un animal comme la souris, de surcroit parfois identifiée comme un animal de compagnie, peut avoir sur un nombre important d’élèves. Pour ma part, je préfère les élèves qui se posent des questions sur l’utilité de disséquer un animal, sur la place de l’éthique humaine et s responsabilité vis à vis du vivant que ceux qui semblent prendre un malin plaisir à demander à tous les cours quand aura lieu la prochaine dissection. Par contre je suis entièrement d’accord pour que tout étudiant souhaitant travailler dans le domaine de la recherche scientifique, du médical puisse (faute de mieux) expérimenter sur un animal proche de notre espèce… dans les règles et le respect qui s’imposent évidemment.
    Alors, certes le texte de loi montre des incohérences mais je pense qu’il va dans le bon sens et que c’est plutôt un progrès de notre humanité de reconsidérer notre rapport avec le vivant.
    Bien cordialement,
    B.L

    PS : à la lecture du texte, je me demande d’ailleurs si on ne pourrait pas aussi ranger les grenouilles (entières j’entends) dans la même catégorie que les souris, sachant qu’une partie des grenouilles d’élevage ne sont sciemment pas vendues pour l’alimentation humaine mais pour nos cours de SVT ou pour des laboratoires. Pour moi, la question se pose et il ne me paraitrait pas totalement incohérent qu’elles tombent également sous le coup de la loi européenne.

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