Ecrasons l’infâme

« Ecrasons l’infâme », le cri de guerre de François Marie Arouet, dit « Voltaire », contre le fanatisme religieux semble résonner au milieu de la barbarie des événements récents… Le combat contre « l’obscurantisme » mené par Voltaire est plus que jamais d’actualité lorsque la sauvagerie fait des émules sous le couvert fallacieux de la religion… Par ce terme, le philosophe des Lumières désigne l’ignorance, source de tous les maux.

La croyance aveugle et le  refus d’une exégèse critique des textes saints sont ainsi fustigés dans ce traité. Les philosophes des Lumières souhaitaient éclairer le monde de leurs connaissances et exhorter chacun à s’adonner à l’exercice systématique de la raison afin d’éradiquer ce genre de barbarisme et de cruauté. « Cet écrit sur la tolérance est une requête que l’humanité présente très humblement au pouvoir et à la prudence. Je sème un grain qui pourra un jour produire une moisson. » Malheureusement, le temps de la récolte n’est pas encore venu…

Voltaire

 

L’utopie d’une religion idéale et humaniste ?

Ne nous méprenons pas, Voltaire n’est pas athée… Il est « déiste » et ne condamne pas la religion en soi, mais aspire à une religion universelle, pure et idéale, dégraissée de tout rituel ostentatoire et des superstitions aliénantes. Ainsi naît l’utopie d’une religion naturelle et sincère de l’homme à Dieu : selon le philosophe, elle doit s’éprouver intérieurement.

Le Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas de 1763

Sur ces entrefaites, la tolérance devient une notion essentielle de la philosophie de Voltaire, quintessence de la pensée humaniste, sur laquelle s’érige l’oeuvre du philosophe.

La genèse de ce traité nous renseigne sur l’application de la tolérance à la sphère religieuse. Suite à l’affaire Calas, Voltaire s’empare de sa plume et combat l’intolérance religieuse dans une France profondément anti-protestante depuis la révocation de l’édit de Nantes. Jean Calas, protestant, est accusé du meurtre de son fils retrouvé pendu, Marc-Antoine Calas, récemment converti au catholicisme. Accusé à tort par une justice expéditive et fanatique en raison de son orientation religieuse, Jean Calas meurt supplicié sur la roue en 1762. Voltaire réhabilitera sa mémoire en démontrant son innocence se faisant ainsi avocat de la Liberté et de la Tolérance. Le traité s’ouvre sur cet illustre exemple du fanatisme en France…

Puis, par le truchement d’exemples historiques précis, Voltaire démontre que l’intolérance prend sa source dans le fanatisme, lui-même dérivé de la superstition qui, selon le philosophe, est « à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d »une mère très sage ». Cette métaphore permet de saisir l’absurdité du fanatisme religieux qui dessert clairement sa prétendue cause. Comment ne pas dresser un parallèle éloquent avec les événements du 7, 8 et 9 janvier 2015…

Qui plus est, Voltaire propose un examen exhaustif. Le fanatisme n’est évidemment pas l’apanage d’une religion en particulier et toutes sont passées au crible. L’auteur fait preuve de pugnacité et traque dans la diversité des religions les superstitions et la barbarie.

Pourquoi un « traité » ? Cette dénomination invite le lecteur à donner une dimension officielle à cet ouvrage. Voltaire va transcender le cas particulier de Jean Calas pour écrire un traité général, plaidoyer en faveur de la tolérance réciproque des religions entre elles, notamment dans sa « Prière à Dieu », véritable appel à la liberté de penser, au respect et à la tolérance. C’est en cela que la lecture de cette oeuvre est plus que stimulante étant donné le contexte actuel !

l'affairecalasvoltaire

Ironie et caricature : pointe … satirique et mine … de crayon !

On pourrait qualifier Le Traité sur la tolérance, à l’instar des autres écrits de l’auteur, d’armes d’ironie massive ! Voltaire n’hésite pas à varier le ton, à multiplier les apostrophes au lecteur et à s’adresser tantôt à l’homme, tantôt à Dieu lui-même !

En effet, une parenté peut s’esquisser entre l’ironie acerbe de Voltaire et l’art de la caricature dans lequel s’inscrit la ligne éditoriale de Charlie Hebdo : l’usage des antiphrases (dire le contraire de ce que l’on pense dans le but de choquer), des hyperboles (exagérations) et de la dérision, que ce soit dans l’écriture ou dans le dessin, suggère que la provocation permet de faire réfléchir par la remise en question de dogmes établis. La pensée doit être libre, sans cesse exercée pour ne pas se figer et c’est cela même que nous offrent les caricaturistes. Passée la provocation immédiate, vient le temps de l’interprétation plurielle : une image est un palimpseste, cela signifie que plusieurs niveaux de significations coexistent. Ainsi le syncrétisme de l’image permet la pluralité de la pensée et le débat démocratique. Si l’on ne peut même plus remettre en cause l’actualité, la politique et les religions par le truchement de l’humour, les débats à venir s’annoncent bien ternes, tristes, sans saveur et sans relief…

En définitive, lire Le Traité sur la tolérance de Voltaire permet de nourrir le débat actuel tout en élargissant son champ d’application par le passage en revue d’exemples historiques saisissants… Et si notre devoir de mémoire était à portée de doigt, condensé dans cette centaine de pages ?

Karel Parmoli, enseignante, français, lycée

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