Quand on équipe une classe de tablettes numériques (épisode 1)

14 novembre 2014, je vais enfin pouvoir tester avec mes classes un support pédagogique qui a le vent en poupe : la tablette numérique. François Hollande a encore rappelé lors d’une récente émission de télévision que le gouvernement comptait doter tous les élèves de 5ème d’une tablette numérique à la rentrée 2016. Pourtant, ce n’est ni le ministère de l’Éducation nationale, ni le conseil général qui permet aujourd’hui à l’équipe pédagogique d’un collège de la Loire de tester dans de bonnes conditions ce nouvel outil. Retour sur la mise en place d’une expérimentation (ses joies et ses embûches) à l’aube du grand plan numérique…

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Depuis l’ouverture de mon blog sur le Web pédagogique en 2008, j’ai considérablement enrichi ma pratique. Alimentant régulièrement cet espace, j’ai fini par nouer des liens forts avec l’équipe du Web pédagogique qui m’a proposé des missions de consultant pédagogique et de créateur de ressources. J’ai ainsi pu élargir mes compétences professionnelles en sortant aussi du cadre purement institutionnel. En 2012, Vincent Olivier (fondateur du Web pédagogique) et Marie Verlane (responsable éditoriale) me proposaient une beau projet : créer des cahiers interactifs pour IPAD en Histoire-Géo et Education civique. L’objectif était d’offrir aux professeurs et aux élèves, un manuel balayant tout le programme de 4ème avec une partie cours et des activités interactives. Je n’avais pas d’IPAD à l’époque mais comme l’aventure était belle, je me suis lancé avec d’autres collègues dans l’écriture de ces cahiers. Aujourd’hui, le Web pédagogique propose en HGEC des cahiers interactifs sur les niveaux 6ème et 4ème. Pour avoir un retour sur notre travail, il nous fallait expérimenter ces cahiers en classe. Avec mon collègue Frédéric Florin, nous avons constitué et rendu au Conseil Général de la Loire un dossier pour le financement d’une classe mobile IPAD. À la rentrée 2014, nous sentions bien que la dotation prendrait du temps et on s’est tourné vers Vincent pour lui en faire part. Il a réussi à mettre en place le prêt de 30 IPAD et d’une Apple TV (nécessaire pour la vidéo-projection) pour une durée de deux mois.

Place aux embûches

Même si des expérimentations fleurissent un peu partout en France, on n’installe pas un nouveau support pédagogique à coup de baguette magique. Nous avons rencontré des difficultés à trois niveaux :

  • comment organiser le chariot/classe mobile IPAD pour qu’il navigue facilement de salle en salle ?
  • comment vidéo-projeter les tablettes ?
  • comment avoir la wifi sur les tablettes pour télécharger les applications et les utiliser ?

Comme nous ne disposons pas d’une classe mobile déjà équipée, ces questions toutes bêtes ont vite rempli nos heures de trou et la pause méridienne.  On a un peu galéré et Frédéric Florin récapitule dans cette vidéo comment on a bricolé notre classe mobile.

Autre problème : comment configurer l’Airport extrême sur notre réseau informatique pour avoir accès à la wifi ? Pour y arriver, nous avons installé l’utilitaire de configuration sur un PC de notre réseau et changé les paramètres internes à la borne wifi.
Une fois la borne configurée, nous avons, dès la première connexion, renseigné le proxy et le port grâce auquel les IPAD allaient pouvoir naviguer sur internet et accéder à l’Apple store. Nous avons dû solliciter fortement les responsables réseaux du collège, le technicien référent du Conseil Général.

L’expérimentation commence

Pour ma part, l’expérimentation des tablettes a commencé avec une classe pilote de 6ème en testant le manuel interactif d’Histoire. J’ai filmé les élèves pendant l’utilisation des tablettes et récolté de façon plutôt spontanée leurs avis après ce premier essai.

 

La prochaine chronique s’attachera à détailler nos questionnements et nos avis suite à l’utilisation des tablettes et des supports pédagogiques numériques.


Un plan numérique ambitieux à la rentrée 2016… par Najat-Belkacem

  • quelle formation pour les profs dans les « collèges connectés » ? qui accompagnera la dotation d’un tel équipement dans les établissements ?
  • alors que les crédits manquent pour recruter des responsables informatique et réseau dans les collèges, comment va t-on rétribuer les profs en charge de la mise en place des tablettes et de l’accompagnement de leurs collègues  ?
  • quels effets ont les tablettes sur les élèves et les apprentissages ?
  • quelle pédagogie mettre en œuvre avec les tablettes ?
  • quels avantages présentent les cahiers interactifs et quelles améliorations pourraient être apportées ?
  • faut-il une tablette par élève ou une classe mobile suffit-elle ?

 

Commentaires

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7 commentaires

  • parisot.teach dit :

    Bonjour,

    En tant qu’enseignant, partie prenante dans le projet OrdiCollege 19, je souhaiterais apporter un témoignage et un éclairage qui n’engage que moi. Cet avis personnel recoupe partiellement votre questionnement.

    Initialement dotés en 2009 d’un Dell 12″ sous Linux, la plupart d’entre nous sous Windows ou Mac nous sommes donc adaptés à ce nouvel environnement.
    Environ 2 ans plus tard, c’était l’abandon du Dell sous Linux pour l’acquisition de l’iPad 1 puis le passage à l’iPad 2 !

    Voilà le premier écueil ! Pour motiver une équipe dans l’acquisition de nouvelles pédagogies fondées sur le numérique, la première condition est de bien prendre le temps de choisir un outil et ensuite de s’y tenir ! Les bonnes volontés pourront alors s’investir pleinement grâce à la confiance qu’ils auront dans un outil pérenne.

    Second point qui arrive plus rapidement qu’on ne le pense : la maintenance.
    Très impliqué dans les TIC, et à l’origine d’un projet “Clés USB” en 2006 , je me suis bien sûr réjoui du projet du CG19 ! Malheureusement, dans la réalité, les moyens ne sont pas suffisants ! Ni pour la formation des enseignants ni pour la maintenance des machines quelle que soit la bonne volonté des personnes qui en ont la charge.
    Trop souvent certains iPad sont “en rade” à la plateforme de maintenance débordée par le nombre de problèmes rencontrés…
    Avantage donc pour la classe mobile pour laquelle le risque de casse sera minimisé. L’entretien et les mises à jour resteront en revanche soit à la charge d’une cellule spécifique de votre CG soit à la charge d’un responsable “maison” dont la rémunération ne sera jamais à la hauteur du nombre d’heures effectuées ! Mieux vaut le savoir. Ceux qui s’engagent dans cette voie le font plus souvent par passion que pour les gains qu’ils peuvent en tirer.

    Quid de la formation ? Elle pourra être proposée soit dans le cadre du PAF soit dans le cadre de formation de proximité mais malheureusement, comme trop souvent depuis quelques années, ce sera à dose homéopathique. J’en comprends certes les raisons, mais apporter une motivation forte pour initier une évolution vers le numérique nécessite une formation appropriée et récurrente, à un rythme soutenu surtout dans sa phase d’amorce. Heureusement, en Corrèze, de nombreuses formations de qualité proposées dans le cadre du réseau CANOPE viennent pallier le manque initial. Un grand merci à cette équipe en passant.

    Une fois ces conditions remplies, le numérique à l’école, ça peut être vraiment TOP !
    Les avantages de l’enseignement numérique sur les élèves et les apprentissages sont nombreux et peu contestables. Il serait trop long de développer ici ce sujet.
    Puisque l’outil choisi est l’iPad, il conviendra cependant de changer de vieilles habitudes : remiser le Flash par exemple au profit du HTML5.
    Attention à l’utilisation d’outils spécifiques à Apple, simples et performants au demeurant, comme iTunesU et iBookAuthor.
    Les supports pédagogiques fabriqués avec eux ne seraient plus exploitables en cas de changement de tablettes vers un autre système que celui d’Apple.
    Penser à d’autre pistes, peut-être moins simples mais plus « durables » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chaîne_éditoriale

    Une tablette par élève ? Oui.
    Cependant, à l’inverse de ce qui se fait en Corrèze, il serait, à mon avis, préférable que les tablettes restent dans l’établissement dans des “racks” ou “armoires” de chargement, ceci pour pour le plus grand bien du contribuable, et donc pour la pérennité du projet. CQFD.
    Bien évidemment, cette caractéristique plombe “le travail à la maison”.
    Dans un système idéal (et sans doute utopique ou tout au moins pas pour demain), chaque famille serait dotée d’une connexion internet à prix négocié et d’un matériel adéquat pour continuer sur le Cloud le travail entrepris en classe.

    Dans l’attente de vous lire prochainement, bon courage pour votre projet.

    JLuc Parisot

  • Merci pour cet éclairage, j’abonde sur vos remarques et note l’importance de faire le bon choix au départ. La mutualisation des retours d’expérience sera très précieuse quand il s’agira de lancer de façon massive les tablettes dans les établissements. Le paradoxe, c’est qu’on en est toujours réduit à bricoler (un peu, beaucoup) malgré des outils de plus en plus perfectionnés. Les questions de la maintenance, de la formation comme du choix de la tablette sont essentielles : pour l’instant, on en reste au stade de l’annonce alors que les équipes ayant expérimenté l’outil devraient avoir l’oreille du Ministère pour une mise en place efficace.

    Au plaisir !

  • JLuc Parisot, merci pour votre commentaire. Vous avez, à mon humble avis, fait le tour de la question.
    Emmanuel, merci pour l’article : vivement le 2ème épisode !

  • Cat dit :

    Bonjour,
    Jolie expérimentation ! Cependant, n’y-a-t-il pas des priorités à régler à l’Ecole ? Enseignante d’anglais en lycée, j’utilise tous les moyens technologiques mis à ma disposition mais il me semble quelque peu incongru d’équiper tous les élèves de 5e de tablettes alors que les professeurs eux-mêmes n’en possèdent pas. Difficile d’initier des apprenants à un medium que l’on ne maîtrise pas soi-même, non ?…
    Personnellement, je me dis qu’il est un peu étrange de lancer ce type d’annonce ( tous les élèves de 5e auront une tablette à la rentrée 2016 ! ) lorsque l’on sait que certains collègues n’ont même pas de support tableau (pas même un tableau à craie ! Eh oui !). Il me semble que l’Education Nationale fait face à de réels problèmes financiers (a priori des professeurs stagiaires sont toujours en attente de leur salaire et doivent survivre avec des tickets d’alimentation… !!!). Dans ce contexte, ne faudrait-il pas d’abord régler les soucis les plus urgents avant de se lancer dans de jolies aventures numériques ?
    J’ajouterais également que la gestion des moyens est assez consternante : dernière formation continue à laquelle j’ai assisté (2 formateurs pour 8 participants…), session d’informations liées à l’orientation pour l’une de mes classes de terminale (2 conseillères + un enseignant pour ‘faire la discipline’ donc 3 adultes mobilisés pour une classe et qui plus est un contenu de bien piètre qualité), En outre, il me semble qu’avant de dépenser des sommes astronomiques pour équiper une classe d’âge d’un medium, certes intéressant mais pas indispensable à la bonne évolution de l’apprenant, le Ministère devrait songer à rendre gratuite les formations de son personnel. Je souhaite participer à un échange professionnel avec un établissement anglo-saxon ; la formation s’effectue sur deux semaines (dont une semaine sur les vacances scolaires), l’enseignant partenaire doit être ‘déniché’ par le professeur désireux de participer au programme (des heures de recherche sur des sites spécialisés sont nécessaires pour obtenir ce partenariat), les frais de déplacement et de logement sont à la charge du participant, etc. Je me pose donc la question suivante : ne serait-ce pas plus judicieux de financer les formations de ce type qui contribuent à grandement enrichir les pratiques de l’enseignant, lui permettent de mettre en place de véritables partenariats avec l’étranger, etc. ? Je ne sais pas… Je suis parfois consternée par les décisions prises en matière de réformes de l’Ecole… Plus le temps passe et plus la situation devient comique d’un certain point de vue. J’enseigne depuis 10 ans, j’adore mon métier mais je suis quelque peu étonnée par la tournure que prennent les choses. On s’appesantit sur des effets d’annonce : tablettes pour tous, suppression des notes au profit de symboles colorés ( j’espère d’ailleurs que l’on nous fournira les gomettes pour effectuer cette tâche ! Mais détrompez-vous, je ne suis pas pro-notes chiffrées ! Simplement les solutions alternatives ne me semblent pas satisfaisantes pour le moment). Bref, je pourrais continuer ma liste sur des pages et des pages… Savez-vous aussi qu’il y a aujourd’hui un véritable souci de recrutement ? Ainsi, j’ai rencontré une charmante professeure-stagiaire de lettres qui, d’un air candide, me demande un jour : « mais, c’est quoi Le Figaro ? » … C’était drôle et pathétique à la fois…
    Je ne vais pas m’étendre davantage, mes anecdotes sont nombreuses et, pour l’instant, je les réserve à mon cercle d’amis…
    Poursuivez avec foi votre expérimentation que je suivrai avec intérêt…
    Cat

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