Portrait d’une séquence de français en CM1

Portrait : une séquence de français en CM1

Donner envie d’écrire à des élèves de CM1 un vendredi matin : c’est le défi que s’est lancé Vincent, instituteur en « école sensible », à travers l’exercice du portrait !

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Travailler sur le portrait en primaire

Même rebaptisée production d’écrit par les faiseurs d’euphémisme du Ministère, la sempiternelle rédaction continue de rebuter la plupart des élèves. Surtout le vendredi après-midi. Il suffirait alors de la programmer le lundi matin, mais il y a déjà la conjugaison, la résolution de problème, l’Histoire, la géographie. J’ai choisi de faire produire de l’écrit le vendredi matin pour que les élèves y mettent en pratique les acquis de la semaine en orthographe, en conjugaison et en grammaire.

Il s’agit d’un CM1 difficile dans une école sensible d’un quartier où l’éducation est soi-disant prioritaire bien qu’elle passe après tout le reste. Bref, ça swingue. Partant du postulat que rien n’intéresse moins un enfant que l’écriture, mais que rien ne l’intéresse plus que lui-même, je propose à mes élèves d’écrire sur eux-mêmes. Ils doivent produire leur autoportrait.

« Les enfants, vous allez faire votre portrait.

Crispation et renfrognade.

– Maître, on va se dessiner, comme à la maternelle ? On fait un bonhomme ?

Rires bêtes.

– Voilà, comme à la maternelle. Sauf que tu vas l’écrire, ton portrait.

Regards incrédules.

– On pourra quand même se dessiner après ?

Nouveaux rires bêtes. Pourtant, c’est une bonne idée à laquelle je n’avais pas pensé. Je fais comme si j’y avais pensé.

– Oui, tu pourras te dessiner après.

–  Je pourrai dessiner plutôt Mehdi ? »

Rires de plus en plus bêtes.

– Non, si tu dessines Mehdi, ce n’est plus un autoportrait. C’est un portrait. Tu devras te dessiner toi-même. Mais d’abord, tu dois l’écrire, ton portrait.

– Et il faudra que le dessin ressemble à ce qu’on a écrit ?

C’est une bonne idée aussi. Je n’y avais pas pensé non plus. Je les laisse tous penser que j’ai pensé à tout.

– Bien sûr. Le texte devra ressembler à ton portrait. Et le tout devra te ressembler à toi.

– (Mais je pourrai quand même dessiner Mehdi quand j’aurai tout fini ?) »

 

J’ai quand même un peu préparé ce qui s’apparente à une séquence.

Portrait : Le Petit NicolasEn amont, nous avons travaillé sur le portrait. Nous avons d’abord lu quelques passages du Petit Nicolas. C’est très drôle et riche en portraits, Le Petit Nicolas. Nous appuyant sur les portraits des copains du petit Nicolas et surtout sur celui du pion, Le Bouillon, nous avons ensuite écrit ensemble le portrait d’un homme qui serait vraiment insupportable. Nous l’avons appelé Monsieur Insupportable. Seuls, les élèves ont par la suite écrit le portrait du cousin de Monsieur Insupportable, mais qui serait son exact opposé. Nous l’avons appelé Monsieur Sympathique. Les élèves ont pris beaucoup de plaisir à travailler sur les antonymes. Sans rechigner, ils se sont pliés aux règles de l’accord du nom et de l’adjectif et ont consenti à écrire deux paragraphes : le premier plus ou moins riche en détails physiques, le second plus ou moins exhaustif quant aux caractéristiques morales de l’individu. Monsieur Insupportable était laid et vraiment sale type. Aucun des Monsieur Sympathique n’a manqué d’allure.

Après ces mises en bouche qui nous ont occupés plusieurs séances de lecture et de production d’écrit, nous nous sommes lancés dans l’écriture des autoportraits. Il a fallu trouver des lanceurs. Dans un tableau comportant une colonne pour le portrait physique et une autre pour le portrait moral, nous avons recensé les éléments physiques incontournables (couleur et aspect des cheveux et des yeux, taille, etc) avant de lister une série d’expressions livrées clés en main à condition de les réinvestir sans erreur d’orthographe (être têtu comme une mule, avoir un caractère de cochon, avoir la langue bien pendue, être rapide comme l’éclair etc.). Les élèves ont proposé des j’aime ou je n’aime pas en promettant d’écrire des phrases négatives correctes, conformément à le leçon G3. Nous avons finalement rappelé l’engagement d’écrire deux paragraphes (le premier pour le portrait physique, le second pour le portrait moral) avant de lancer un premier jet sur une fiche préformatée faisant apparaître les deux paragraphes vierges, dans le double but d’obliger les élèves à écrire deux paragraphes distincts et celui de ne pas rapporter 27 cahiers de brouillons chez moi. Les élèves ont laissé libre cours à leur imagination et leur narcissisme.

Passé la fastidieuse mais exhaustive correction de ce premier jet, la semaine suivante, les élèves ont mis au propre leur production d’écrit. Il a fallu corriger de nouveau pour que tous les critères de réussite soient respectés par chacun (on n’oublie pas les adverbes de négation dans les phrases négatives, on met des majuscules et des points, on ne fait pas d’erreur de copie si on utilise les lanceurs proposés collectivement, on saute une ligne entre les deux paragraphes). Soit autant de critères pour évaluer les travaux. Au troisième jet, chaque élève avait produit un écrit qui s’apparentait à un autoportrait.

Morceaux choisis :

 « Je suis maigre, beau et costaud. »

« Je suis belle et les gens aiment bien être avec moi. Je suis super sympa. »

« J’aime les rottweilers et les bergers allemands. Je n’aime pas les caniches. »

« Je n’aime pas Amin, je n’aime pas Mattéo, je n’aime pas Linda. J’aime le foot. »

« Je suis grand de taille moyenne. »

« J’ai la peau caramel et les cheveux lisses. Je suis très belle. »

Ah, j’allais oublier :

« Je n’aime pas l’école ».

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Vincent, instituteur

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3. © Folio junior / Éditions Gallimard jeunesse

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